Publié le 29 octobre 2026, l’entretien autour de Jours de feu revient sur le parcours de Régis Le Sommier, reporter de guerre passé par l’Irak, le Mali, la Syrie et l’Ukraine. Dans ce livre, l’ancien directeur adjoint de Paris Match évoque les réalités du terrain, les traces psychologiques des conflits et les difficultés croissantes du grand reportage.

Être témoin au cœur des conflits

Régis Le Sommier explique que le reportage de guerre permet de documenter des événements qui risqueraient autrement de rester peu visibles. Il cite un massacre en Ituri, au Congo, auquel il dit avoir assisté comme seul journaliste présent. Selon lui, la présence d’un reporter contribue à faire exister ces drames dans la mémoire collective.
Cette proximité avec les soldats a toutefois son revers : le journaliste peut quitter le terrain, contrairement à ceux qui y restent. Le Sommier décrit un métier rythmé par les départs et les retours, et par le poids des liens noués avec les combattants. À Mossoul, raconte-t-il, il a été confronté à la mort ou aux blessures de membres de la Golden Division, unité dont il affirme que 45 % des effectifs avaient été perdus.
Des dangers transformés par les drones
Le reporter estime que l’usage massif des drones a profondément changé les conditions de combat, en particulier en Ukraine. Il décrit une zone dangereuse qui s’étend, selon lui, sur plus de 20 kilomètres derrière la ligne de front. Les déplacements d’unités se font désormais en petits groupes à pied, tandis que les chars servent davantage de pièces d’artillerie que de véhicules avançant au contact.
Dans cette configuration, la menace peut être difficile à repérer et une exposition brève suffit, selon son témoignage, à mettre une vie en danger. Le Sommier compare cette combinaison de tranchées et de surveillance aérienne par drones à un « Verdun technologique ».
Les traces psychologiques du reportage
L’entretien aborde aussi les effets durables de la violence observée. Le Sommier raconte avoir assisté, lors de son premier reportage en Irak, aux soins prodigués à deux hommes blessés par des tirs. La mort de l’un d’eux, dit-il, ne l’a pas bouleversé immédiatement. Trois semaines plus tard, à New York, la scène d’un pigeon agonisant après avoir été heurté par un camion l’a fait pleurer et a ravivé ce souvenir.
Il évoque également des images de ruines en Syrie qui lui reviennent parfois au moment de s’endormir. À travers ces souvenirs, il décrit un stress post-traumatique qui ne correspond pas nécessairement aux représentations spectaculaires souvent associées au syndrome.
Un métier fragilisé, selon le reporter
Régis Le Sommier juge que le travail des correspondants de guerre est fragilisé à la fois par les contraintes des rédactions et par les réactions sur les réseaux sociaux. Il affirme que les journalistes présents dans des zones comme Gaza ou la Russie peuvent être rapidement accusés de soutenir un camp. Il regrette également la place accordée aux analyses réalisées depuis Paris, au détriment, selon lui, des reportages de terrain.
La conclusion qu’il tire de son expérience est celle d’un témoin qui doit garder ses distances avec la fascination du combat et restituer les faits avec mesure. Jours de feu, de Régis Le Sommier, est publié aux éditions Erick Bonnier. L’ouvrage compte 194 pages et est indiqué au prix de 20 euros.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
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Auteur : leJDD







