Un an après les violences meurtrières qui ont suivi la présidentielle du 29 octobre 2025, les circonstances des événements restent contestées en Tanzanie. Le parti d’opposition Chadema réclame une enquête indépendante et des indemnisations, tandis que les Églises appellent à la réconciliation sans écarter la question de la justice. La disparition d’un militant tanzanien au Kenya alimente aussi les inquiétudes sur les enlèvements et les atteintes aux droits humains.

Un bilan humain toujours discuté

Le jour du scrutin, des manifestations ont éclaté à Dar es Salaam et dans d’autres villes. Les protestataires dénonçaient notamment l’exclusion des principaux candidats de l’opposition et la répression politique. Des affrontements ont suivi, avec des incendies de bâtiments et de véhicules, avant l’intervention des forces de sécurité.
Un black-out numérique de plus de cinq jours a alors limité la circulation de l’information et compliqué le travail des journalistes. Des centaines de personnes ont perdu la vie durant cette période, selon le récit des événements rapporté par RFI.
La commission d’enquête gouvernementale a recensé 518 morts. Ce bilan est contesté par ceux qui le jugent largement sous-estimé. Le rapport complet de la commission n’a pas été rendu public : seul un résumé de ses conclusions a été présenté. Nicodemus Minde, chercheur à la United States International University-Africa, estime qu’un an après, les réponses sur le déroulement des violences restent insuffisantes.
La commission avait notamment relevé des revendications portant sur la réforme du système électoral et l’adoption d’une nouvelle Constitution. Une seconde commission a depuis été créée pour examiner les aspects criminels des événements. Nicodemus Minde se montre sceptique quant à cette initiative, qu’il estime susceptible de compliquer la réconciliation.
Chadema demande une enquête indépendante
Le principal parti d’opposition a prévu sept jours de commémoration, du 29 octobre au 4 novembre 2026. Réuni le 27 octobre, son comité central a réclamé une enquête indépendante, associant différentes parties prenantes, afin d’établir les responsabilités. Chadema demande également la mise en place d’un mécanisme d’indemnisation pour les victimes et leurs familles.
Le parti prévoit de mettre ses drapeaux en berne et d’organiser une veillée aux bougies le 3 novembre. Des visites aux familles endeuillées sont également annoncées. Ces commémorations se tiennent dans un contexte de vigilance policière : le 26 octobre, la police a dit avoir identifié des projets de violences impliquant notamment des opposants, des militants et des responsables religieux. Elle n’a pas rendu publiques de preuves précises pour étayer ces accusations.
Réconciliation et justice, deux enjeux liés
Le Conseil chrétien de Tanzanie (CCT) appelle les fidèles à prier pour les victimes et à demander pardon pour les morts. Son président, l’évêque Stanley Hotay, a aussi demandé que les familles endeuillées, les blessés et les autres personnes touchées soient soutenus dans les prières.
Moses Matonya, secrétaire général du CCT, estime que la réconciliation suppose que les différentes parties reconnaissent leurs erreurs et renouent le dialogue. Il souligne toutefois que le pardon ne doit pas effacer la nécessité de rendre des comptes : selon lui, les personnes responsables des violences devront répondre de leurs actes devant les tribunaux, le moment venu.
Le responsable religieux n’a pas apporté de soutien explicite aux demandes d’enquête indépendante et d’indemnisation formulées par Chadema. Il précise que son organisation ne prend parti pour aucun mouvement politique et que le dialogue national peut avancer en parallèle des procédures judiciaires. Le CCT encourage des prières dans les régions du pays, sans prévoir de veillée nationale centralisée.
La disparition d’un militant au Kenya ravive les craintes
Le CCT appelle également au respect des libertés fondamentales, alors que la police avait mis en garde contre d’éventuels troubles impliquant, selon elle, des responsables religieux. Plus de 2 000 représentants de différentes confessions sont réunis à Dar es Salaam pour trois jours de rencontres interreligieuses. Moses Matonya espère que les commémorations se dérouleront dans le calme et dénonce les enlèvements, les disparitions forcées et les atteintes aux droits humains.
Ces préoccupations sont renforcées par la disparition au Kenya de Twaha Mwaipaya, ancien responsable de la jeunesse de Chadema. Selon Sikula Oniala, chercheur d’Amnesty International, elle pourrait s’inscrire dans une dynamique de répression transnationale. Il évoque comme hypothèse un lien avec les publications du militant sur les réseaux sociaux, où celui-ci relayait des appels à manifester pour marquer le premier anniversaire des violences.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Christina Okello







