Face aux difficultés d’accès aux soins, le gouvernement prépare un décret qui limiterait à 30 % du temps de travail des médecins la part consacrée à la médecine esthétique. Le projet prévoit aussi une expérience préalable de cinq ans dans la spécialité d’origine et une formation obligatoire. Des représentants du secteur contestent l’efficacité de cette mesure et s’inquiètent de ses conséquences pour les cabinets indépendants.

Un encadrement encore au stade du projet

Le texte envisagé imposerait aux médecins pratiquant des actes esthétiques de consacrer au moins 70 % de leur activité à leur spécialité d’origine. Pour ceux qui souhaitent commencer cette activité, il faudrait d’abord avoir exercé pleinement pendant cinq ans dans leur spécialité. Une formation théorique et pratique serait également requise ; son contenu doit être défini ultérieurement par arrêté.
La médecine esthétique n’étant pas remboursée par l’Assurance maladie, elle est présentée comme une activité rémunératrice. Le gouvernement entend, avec ce plafonnement, réorienter une partie du temps médical vers les soins thérapeutiques, dans un contexte où de nombreux patients peinent à trouver un médecin.
Des effectifs difficiles à établir
Les estimations disponibles restent imprécises, car les actes esthétiques ne sont pas codifiés par l’Assurance maladie. Selon les chiffres du syndicat UME-SML cités dans l’article, entre 2 800 et 5 000 médecins libéraux auraient une activité dans ce domaine, sur un total de 125 000. Parmi eux figureraient environ 1 500 généralistes, dont 500 exerceraient exclusivement en médecine esthétique.
Le secteur comprend aussi un peu plus d’un millier de chirurgiens plasticiens et des dermatologues. D’après les chiffres du syndicat national de dermatologie-vénéréologie, 35 % des 3 700 dermatologues consacreraient plus de 10 % de leur activité à la médecine esthétique.
Les praticiens redoutent une fragilisation des cabinets
Les représentants des médecins esthétiques estiment que la mesure ne répondra pas aux difficultés d’accès aux soins. Françoise Archambault, secrétaire générale du Syndicat national de la médecine esthétique, fait valoir que ces praticiens ne sont pas installés dans les zones désertifiées. Généraliste de formation, elle exerce aujourd’hui entièrement en médecine esthétique à Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique.
Elle juge qu’un plafond de 30 % pourrait rendre l’activité économiquement intenable pour certains médecins, notamment en raison du coût des équipements. Elle cite l’achat d’un appareil laser, évalué à près de 100 000 euros, et souligne que les revenus d’une activité généraliste ne suffiraient pas, selon elle, à rembourser de tels investissements.
Catherine Bergeret Galley, présidente du syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, redoute également que les praticiens indépendants ne puissent plus financer leurs structures. Elle estime que des groupes privés pourraient alors prendre le relais avec des médecins salariés ou vacataires.
Les médecins concernés défendent une activité qui, selon eux, ne mobilise pas la Sécurité sociale et génère 20 % de TVA. Catherine Oliveres-Ghouti, présidente du Conseil national de dermatologie-vénérologie, la présente aussi comme un complément financier pour les jeunes médecins qui s’installent. Elle rappelle que la consultation de dermatologie est tarifée à 31,50 euros par l’Assurance maladie.
Source : 20Minutes – Une (www.20minutes.fr)
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Auteur : 20 Minutes avec AFP







