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Gaz lacrymogène : les risques sanitaires d’une exposition prolongée restent mal documentés

Les effets immédiats du gaz lacrymogène sont connus, mais les conséquences d’expositions prolongées restent mal documentées. Brûlures cutanées, atteintes oculaires et difficultés respiratoires figurent parmi les risques décrits par Alexander Samuel, docteur en biologie moléculaire, qui appelle à davantage d’études. Une hypothèse qu’il défend sur la transformation du gaz CS en cyanure, elle, n’est pas établie par des preuves épidémiologiques.

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Jan van der Wolf · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Des effets qui dépassent l’irritation passagère

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Clarisa Lizana · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le gaz lacrymogène utilisé lors des manifestations contient notamment du CS, ou ortho-chlorobenzylidène malonitrile. Cette substance, dispersée sous forme de particules, active un récepteur associé à la douleur et provoque des irritations des yeux et des voies respiratoires.

Selon Alexander Samuel, une exposition importante ou prolongée peut entraîner des atteintes plus graves : brûlures chimiques de la peau, parfois jusqu’au deuxième degré, douleurs oculaires, clignements incontrôlés des paupières et inflammation de la conjonctive. Il évoque aussi des lésions de la cornée susceptibles d’altérer durablement la vision. Si les voies respiratoires sont touchées, un œdème pulmonaire est possible et peut mettre la vie en danger.

Samuel étudie les effets des gaz lacrymogènes depuis le mouvement des Gilets jaunes, en 2018. Il avance que le CS pourrait se transformer en cyanure après absorption par les poumons ou la peau. Il n’y aurait pas de cyanure directement présent dans les grenades, selon lui. Toutefois, le dossier scientifique qu’il a coécrit sur le sujet n’est pas une étude épidémiologique et ne permet pas, à lui seul, d’établir cette toxicité comme un fait scientifiquement démontré.

Des risques difficiles à mesurer

Établir un lien de cause à effet entre une exposition et un problème de santé demeure complexe. Samuel cite des décès survenus en Égypte après le lancement de grenades lacrymogènes dans une voiture, ainsi qu’un cas rapporté par des chercheurs tunisiens : un jeune homme a subi un infarctus aigu du myocarde après une exposition au gaz CS, avec de graves séquelles cardiaques. Il a survécu, et le rapport de cas établit un lien entre l’exposition et l’infarctus. Ces exemples ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’évaluer la fréquence de tels événements.

Les effets sur la santé reproductive font également l’objet de signalements. Une étude américaine publiée en 2023 a interrogé 1 276 personnes dont l’utérus avait été exposé à des agents chimiques employés par les forces de l’ordre. Au total, 83 % ont déclaré au moins un effet étudié : crampes utérines pour 69 %, règles précoces pour 55 %, sensibilité mammaire pour 30 % et retard de règles pour 19 %.

Ces résultats reposent sur des déclarations des participantes, sans mesure des doses reçues ni groupe témoin comparable. Ils suggèrent une association possible, mais ne suffisent pas à prouver que le gaz est la cause des troubles rapportés. Le collectif Lacrymo de sang signale également des perturbations du cycle menstruel parmi des manifestantes.

Les personnes exposées et les lacunes de la recherche

Les manifestants ne sont pas les seuls concernés. Les forces de l’ordre peuvent elles aussi être exposées de façon répétée. Samuel rapporte avoir vu des policiers sans masque à gaz lors de manifestations à Nice. En 2019, le syndicat policier Vigi avait alerté le ministère après qu’un CRS eut perdu connaissance à Paris après avoir respiré des gaz lacrymogènes. Des policiers ont également exprimé anonymement leurs inquiétudes sur cette surexposition dans un témoignage publié en 2023.

La vulnérabilité particulière des jeunes reste, elle aussi, peu étudiée. Samuel indique qu’aucune comparaison n’a été menée entre différents groupes, même s’il estime que les plus jeunes pourraient être davantage affectés par les irritations.

Pour réduire l’exposition, il recommande aux manifestants d’éviter les lentilles de contact et de limiter le port de bijoux. Il conseille un masque A1P3, qu’il juge plus efficace qu’un FFP2. Après une exposition, il préconise de rincer abondamment la peau à l’eau et au savon, et d’utiliser du sérum physiologique pour les yeux.

Samuel plaide enfin pour des études épidémiologiques de grande ampleur, avec la participation du ministère de la Santé et un suivi confié à des organismes comme l’Anses ou l’ANSM. En leur absence, les risques à long terme et la fréquence des complications restent difficiles à établir.


Source : Ouest France.fr – L'actualité en direct, en continu et en images (www.ouest-france.fr)

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Auteur : Maïté Charles

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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