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Sciences sociales

À Genève, un colloque discutera de la place des citoyens dans la gouvernance de l’IA

Qui décide des usages de l’intelligence artificielle et au nom de qui ? C’est la question au cœur d’un colloque international annoncé à Genève pour le 18 juin 2027. En mettant l’accent sur la participation des citoyennes et des citoyens, la rencontre entend examiner comment rendre les choix technologiques plus légitimes, notamment dans la santé, l’éducation, le travail et l’administration.

Protesters gather in a city square around a prominent monument.
Mathias Reding · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Un colloque sur la légitimité des choix technologiques

A diverse group attending a seminar in a bright, modern indoor setting.
Matheus Bertelli · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

L’annonce publiée par Calenda le 19 octobre 2026 présente un programme réunissant des travaux théoriques et empiriques. Elle part d’un constat formulé par les organisateurs : les décisions qui orientent le développement et l’usage de l’IA se construisent souvent sans véritable débat public. Le colloque propose donc de déplacer la discussion : au-delà des échanges entre entreprises, experts, administrations et autres parties prenantes, quelle place donner aux personnes concernées ?

Le « contrat social » n’est pas ici un texte juridique à renégocier. C’est une manière de poser une question politique : sur quelles règles et quelles valeurs peut-on s’accorder pour encadrer une technologie qui influe sur la vie collective ? Cette interrogation porte autant sur les objectifs poursuivis que sur les outils utilisés pour les atteindre.

Ce que montrent les travaux sur la gouvernance algorithmique

Un article de 2021 des chercheurs Pascal D. König et Georg Wenzelburger analyse un possible « déficit de légitimité » lorsque des administrations s’appuient sur des systèmes de décision algorithmique. Leur contribution est théorique : elle examine comment l’opacité, les choix de valeurs intégrés aux systèmes et la difficulté à déterminer les résultats souhaitables peuvent compliquer la justification des décisions publiques. Les auteurs discutent notamment de la participation comme piste pour répondre à ces enjeux ; leur article ne constitue pas, à lui seul, une preuve que la participation règle ces problèmes.

La participation peut prendre plusieurs formes : informer le public, consulter les personnes concernées, organiser une délibération ou leur permettre de contribuer à la conception et à l’évaluation d’un système. Ces démarches ne sont pas équivalentes. Une consultation a peu de portée si les objectifs sont déjà fixés, si les contributions ne sont pas prises en compte ou si les participants ne peuvent pas comprendre les conséquences des choix examinés.

Dans un rapport publié en 2026, l’OCDE examine à la fois les possibilités offertes par l’IA pour faciliter la participation citoyenne et les risques associés. L’organisation souligne notamment que des outils numériques peuvent laisser de côté des personnes ayant un accès limité aux technologies ou des difficultés à les utiliser. Elle recommande de compléter les démarches numériques par d’autres formats, plutôt que de les considérer comme un substitut à la participation. Rapport de l’OCDE, « Artificial Intelligence and the Future of Citizen Participation ».

Qui est concerné ?

Les domaines annoncés donnent une idée des enjeux concrets. Dans la santé ou l’éducation, les outils d’IA peuvent intervenir dans l’organisation des services ou l’aide à la décision. Dans le travail, ils peuvent être mobilisés pour trier des candidatures ou évaluer des activités. Dans l’administration, des systèmes algorithmiques peuvent contribuer à orienter des décisions qui affectent les usagers. Le colloque prévoit d’aborder ces secteurs, mais l’annonce ne précise ni les cas étudiés ni les intervenants.

Les personnes concernées ne se limitent pas aux utilisateurs directs d’un outil. Elles peuvent aussi être les salariés qui travaillent avec lui, les personnes dont les données sont utilisées ou celles qui subissent les effets d’une décision assistée par algorithme. Le défi consiste à rendre leur contribution possible et utile, sans confondre expertise technique et pouvoir de décider des priorités collectives.

Les limites et les incertitudes

À ce stade, l’annonce décrit un objectif scientifique et un programme général, non les conclusions d’une recherche déjà publiée. Elle ne permet pas de savoir quelles méthodes de participation seront défendues ni quelles propositions concrètes émergeront. La participation ne garantit pas, à elle seule, des décisions justes : la représentativité des participants, l’accès à une information compréhensible et la prise en compte effective des avis restent des questions centrales.

On peut donc raisonnablement retenir que le colloque veut ouvrir un débat sur la manière de gouverner l’IA, plutôt que présumer que cette gouvernance est déjà démocratique ou qu’une solution unique existe. Sa question de fond est simple à formuler, mais difficile à résoudre : comment faire en sorte que les personnes touchées par les choix technologiques puissent réellement contribuer à les orienter ?


Source : Calenda – Ethnologie, anthropologie

Article original : Consulter la source originale

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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