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Décryptage

Au Québec, le Parti québécois remporte l’élection sans obtenir la majorité des sièges

Le Parti québécois est arrivé en tête des élections provinciales du 5 octobre 2026, mais, selon le décompte rapporté au lendemain du vote, il lui manque cinq sièges pour gouverner seul. Ce résultat ouvre la voie à un gouvernement indépendantiste minoritaire, pas à l’indépendance du Québec. Entre la victoire électorale, la tenue éventuelle d’un référendum […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • Le Parti québécois est arrivé en tête des élections provinciales du 5 octobre 2026, mais, selon le décompte rapporté au lendemain du vote, il lui manque cinq sièges pour gouverner seul.
  • Ce résultat ouvre la voie à un gouvernement indépendantiste minoritaire, pas à l’indépendance du Québec.
  • Entre la victoire électorale, la tenue éventuelle d’un référendum […]

59 sièges : une victoire, pas une majorité

Dans son reportage publié le 6 octobre à 9 h 23, Alexandre Mendel, envoyé spécial du JDD à Montréal, indique que le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon obtiendrait 59 sièges. Québec solidaire en compterait neuf et la Coalition avenir Québec (CAQ), formation de la première ministre sortante Christine Fréchette, aucun. Ces chiffres décrivent le décompte de la soirée électorale : Élections Québec précise que les résultats diffusés le soir du scrutin sont préliminaires et ne deviennent officiels qu’après le recensement des votes, généralement effectué le lendemain. Sa page de résultats consultable lors de cette vérification n’affichait pas de tableau chiffré exploitable ; les 59 sièges ne sont donc pas présentés ici comme un résultat officiel définitivement établi. ()

Le seuil de majorité, lui, ne souffre aucune ambiguïté. La nouvelle carte électorale compte 127 circonscriptions : il faut donc 64 sièges pour détenir plus de la moitié de l’Assemblée nationale. Avec 59 sièges selon le décompte rapporté, le PQ serait le premier parti sans disposer à lui seul des voix nécessaires pour faire adopter tous ses projets. Un gouvernement minoritaire peut gouverner ; il doit simplement obtenir des appuis au-delà de ses propres députés. ()

Québec solidaire : des voix décisives, pas une coalition acquise

L’arithmétique explique pourquoi Québec solidaire occupe déjà tant de place dans les commentaires : 59 sièges péquistes plus neuf sièges solidaires feraient 68, soit davantage que le seuil de 64. Les deux formations défendent la souveraineté, et le JDD rapporte que Québec solidaire ferait campagne pour le « oui » lors d’un référendum. Cela ne prouve ni qu’elles formeront une coalition, ni qu’elles voteront ensemble sur le budget, l’immigration ou l’ensemble des lois. Le même reportage indique d’ailleurs que Paul St-Pierre Plamondon avait écarté une coalition formelle pendant la campagne, tout en se disant ouvert à des ententes ponctuelles. ()

Cette distinction compte. Selon l’Assemblée nationale du Québec, le vote sur la politique budgétaire met notamment en jeu la confiance envers le gouvernement. Un accord sur un texte ne vaut donc pas soutien permanent ; inversement, l’absence de coalition écrite ne signifie pas qu’un gouvernement minoritaire tombe dès son premier désaccord. La formule « Québec solidaire, faiseur de roi » est commode. Elle est moins précise que la réalité parlementaire : chaque appui devra être obtenu sur un objet déterminé. ()

Une déroute de la CAQ à replacer dans le bon scrutin

Le contraste avec 2022 est saisissant. Aux élections générales provinciales du 3 octobre 2022, la CAQ avait remporté 90 des 125 sièges avec 40,98 % des suffrages valides, selon Élections Québec. Le reportage du JDD lui attribue zéro siège dans le décompte du 5 octobre 2026. La comparaison des sièges éclaire l’ampleur du revers, mais elle doit tenir compte d’un changement : l’Assemblée élue en 2026 compte 127 sièges, contre 125 en 2022. Elle ne dit pas non plus, à elle seule, combien de voix la CAQ a recueillies cette fois-ci. ()

Au Québec, chaque circonscription élit une seule personne, celle qui arrive en tête, même sans dépasser 50 % des voix. C’est pourquoi une répartition de sièges ne se lit pas comme une répartition proportionnelle des suffrages. Faute de statistiques finales vérifiées pour le scrutin du 5 octobre 2026 dans les données officielles consultées ici, il serait également prématuré d’en déduire une participation, une abstention ou un niveau précis d’adhésion populaire au projet indépendantiste. ()

Gagner le gouvernement ne revient pas à gagner un pays

Le projet référendaire reste une promesse politique. Le JDD rapporte que Paul St-Pierre Plamondon envisage un troisième référendum sur l’indépendance après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche. Aucun référendum n’a été décidé par le scrutin provincial du 5 octobre. Les précédentes consultations québécoises sur la souveraineté ont eu lieu le 20 mai 1980 et le 30 octobre 1995 ; lors de cette dernière, Élections Québec dénombre 2 308 360 voix pour le « oui » et 2 362 648 pour le « non ». Une élection législative, même gagnée par un parti souverainiste, ne remplace pas une réponse à une question référendaire. ()

Et un éventuel « oui » ne produirait pas mécaniquement la sécession. Dans son avis de 1998, la Cour suprême du Canada distingue une majorité claire répondant à une question claire — qui donnerait lieu à une obligation de négocier — d’un droit de séparation unilatérale. La loi fédérale sur la clarté encadre ensuite l’appréciation de la question et du résultat par la Chambre des communes. La soirée électorale peut donc rouvrir un débat constitutionnel ; elle n’en règle ni la procédure ni l’issue. ()

Enfin, le parallèle avec les « dix-huit mois » du gouvernement minoritaire de Pauline Marois n’est pas un calendrier. Les élections qui l’ont portée au pouvoir se sont tenues le 4 septembre 2012 ; les suivantes, le 7 avril 2014, soit un peu plus de dix-neuf mois entre les deux scrutins. Cette expérience rappelle qu’une majorité peut se perdre ou se chercher à chaque étape. Elle ne permet pas de dater la prochaine élection. ()


Source principale : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)

Article original : Consulter la source originale

Auteur du reportage original : Alexandre Mendel

Sources complémentaires

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