La priorité nationale : un concept de gauche selon le RN, ou la nouvelle ironie politique ?
Le fait principal
Aujourd’hui, la notion de « priorité nationale » est brandie par le Rassemblement National (RN) comme un étendard. Mais d’où vient réellement cette idée ? Est-elle l’héritière de Vichy ou du Front populaire ? Le débat s’intensifie.
Ce qui s’est passé
Le 14 septembre, sur BFM, Pierre Ouzoulias, sénateur PCF, a affirmé que « la préférence nationale, c’est ce que Pétain a mis en place en 1940 ». En face, Philippe Ballard, député RN, a rétorqué que la gauche, notamment le Front populaire, avait également mis en place cette priorité. Cette joute verbale met en lumière une question cruciale : la préférence nationale est-elle ancrée dans une tradition de gauche ou de droite ?
Le contexte
L’idée de donner la priorité aux Français dans le domaine de l’emploi ne date pas d’hier. Dès la fin du XIXe siècle, la France imposait déjà des restrictions à la main-d’œuvre étrangère. Dans les années 1930, face à la Grande Dépression, des figures de gauche comme Roger Salengro défendaient des quotas pour les immigrés. La loi du 10 août 1932, adoptée par une chambre des députés fracturée, stipulait que les travailleurs français devaient être embauchés en priorité. Ce texte, soutenu par plusieurs gauches, visait à protéger les travailleurs français d’une éventuelle concurrence déloyale. En revanche, le régime de Vichy, dès 1940, a franchi un cap. La loi du 17 juillet 1940 réservait la fonction publique aux seuls Français, avec des mes xénophobes et antisémites qui n’ont rien à voir avec la protection des travailleurs. Selon Denis Peschanski, historien au CNRS, « la xénophobie est au cœur du programme politique de Vichy ».
Les chiffres à retenir
Les lois de 1932 et 1940 illustrent deux approches diamétralement opposées. La première vise à protéger les travailleurs, tandis que la seconde s’inscrit dans une logique d’exclusion. Ces distinctions historiques sont cruciales pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui.
Ce que cela révèle
Le RN, en revendiquant la « priorité nationale », semble ignorer ou feindre d’ignorer son héritage vichyssois. En prônant cette idée, le parti cherche à séduire un électorat désabusé, tout en s’éloignant des valeurs de solidarité et d’inclusion qui ont historiquement été celles de la gauche. L’ironie est palpable : un parti qui se prétend patriote s’approprie une notion qui, dans son essence, a nourri des politiques d’exclusion.
Ce qu’il faut retenir
La « priorité nationale » n’est pas une idée neuve. Elle est marquée par des racines historiques complexes, oscillant entre protection des travailleurs et exclusion. Le RN, en l’instrumentalisant, ne fait que raviver des tensions d’un passé que beaucoup préfèreraient oublier. Une chose est sûre : la lutte pour la justice sociale mérite mieux que des slogans simplistes.
