Économie : 7,3/20 au contrôle, quand les électeurs du RN ne pigent rien à l’économie

La note est tombée : 7,3/20. Et non, ce n’est pas celle d’un candidat au bac qui aurait confondu PIB et code postal. C’est la moyenne obtenue par les électeurs du RN interrogés sur six notions économiques fondamentales. De quoi regarder certains débats politiques avec une légère inquiétude.
L’étude menée par l’IFOP pour l’Institut de l’Entreprise porte notamment sur le PIB, le déficit public, la dette, l’impôt sur les sociétés, le marché du travail et les retraites. Résultat : les personnes interrogées ne répondent correctement qu’à environ 2,2 questions sur six en moyenne.
Et c’est là que le problème devient politique.
7,3/20 : le problème est le RN et l’ignorance économique
Soyons précis : l’étude me le niveau économique des électeurs du RN.
Il serait donc intellectuellement d’écrire : « les électeurs du RN ne comprennent rien à l’économie ».
Le résultat permet de poser une question beaucoup plus embarrassante :
comment peut-on juger les programmes économiques des candidats lorsque les mécanismes économiques fondamentaux sont aussi mal maîtrisés ?
C’est autrement plus intéressant que de distribuer des bons et des mauvais points politiques.
Dette, déficit, PIB : trois mots que tout le monde connaît, mais que beaucoup maîtrisent mal
L’étude relève un décalage important entre le fait d’avoir déjà entendu parler d’une notion économique et celui de réellement savoir l’expliquer. Entre 76 % et 84 % des personnes interrogées déclarent connaître les notions testées, alors que moins de 10 % seraient capables d’expliquer clairement chacune d’entre elles.
Autrement dit :
« Je connais le mot » ne signifie pas « je comprends le mécanisme ».
Et c’est précisément là que les slogans politiques deviennent redoutablement efficaces.
« Il suffit de baisser les impôts. »
« Il suffit de supprimer les dépenses inutiles. »
« Il suffit de taxer les riches. »
« Il suffit de réduire l’immigration. »
« Il suffit d’augmenter les salaires. »
« Il suffit de travailler davantage. »
Six phrases. Six réponses simples. Et derrière chacune, une montagne de conséquences économiques que le slogan évite soigneusement de montrer.
Le salaire : exemple parfait du grand malentendu
L’étude donne un exemple particulièrement parlant.
Un salaire net de 2 200 euros représente un coût d’environ 3 700 euros pour l’employeur, selon les hypothèses retenues dans l’enquête. La moitié des personnes interrogées ne connaissaient pas cet ordre de grandeur.
Cela ne signifie évidemment pas que les salariés sont idiots.
Cela signifie surtout que le système économique français est devenu suffisamment complexe pour que beaucoup de citoyens travaillent, paient des cotisations, des impôts, consomment, épargnent et cotisent pour leur retraite sans disposer d’une vision claire de l’ensemble du mécanisme.
Et ensuite, on leur demande de trancher sur des programmes économiques de plusieurs centaines de milliards d’euros.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Même les diplômés ne sont pas miraculeusement devenus économistes
Autre résultat intéressant : selon l’Institut de l’Entreprise, le niveau de diplôme ne fait pas fortement varier les résultats. Les titulaires d’un bac+5 ne se distinguent pas nettement des personnes titulaires d’un CAP ou d’un BEP sur cette évaluation.
La compréhension économique semble davantage liée à l’expérience et au niveau de vie qu’au simple nombre d’années passées sur les bancs de l’école.
Ce constat devrait surtout provoquer une réflexion sur l’éducation économique.
Parce qu’apprendre à calculer une dérivée, mémoriser une date historique ou commenter un texte philosophique ne suffit pas nécessairement à comprendre ce qu’est un déficit public, comment fonctionne une cotisation sociale ou pourquoi une hausse d’impôt peut avoir des effets différents selon qu’elle touche le travail, la consommation, le capital ou les bénéfices.
Et c’est ici que la politique devient dangereuse
Une démocratie fonctionne mieux lorsque les citoyens peuvent comparer les promesses avec leurs coûts.
Pas lorsqu’ils choisissent simplement le slogan qui leur plaît le plus.
L’étude indique notamment que seuls 26 % des sondés savent que l’État dépense environ 140 euros pour 100 euros encaissés, tandis que les retraites, qui représentent environ 420 milliards d’euros en 2026 selon l’étude, ne sont citées comme levier prioritaire d’économies que par 3 % des répondants.
Ces chiffres ne disent pas aux citoyens ce qu’ils doivent penser.
Ils montrent quelque chose de beaucoup plus important : les choix budgétaires sont extrêmement difficiles à évaluer sans ordre de grandeur.
Le piège politique des solutions miracles
C’est probablement le point le plus intéressant de cette enquête.
Lorsqu’un responsable politique explique qu’il va simultanément augmenter le pouvoir d’achat, diminuer les impôts, augmenter les dépenses publiques, réduire le déficit, rembourser la dette et financer de nouveaux services publics, la bonne question n’est pas :
« Est-ce que j’aime cette idée ? »
La bonne question est :
« Combien cela coûte, qui paie, quelles recettes financent la dépense et quelles conséquences cela produit-il ? »
Cette méthode vaut pour toutes les formations politiques.
Elle vaut pour le RN.
Elle vaut pour LFI.
Elle vaut pour Renaissance.
Elle vaut pour LR.
Elle vaut pour tout le monde.
Parce qu’une équation économique n’a pas de bulletin de vote.
7,3/20 : plutôt qu’insulter les électeurs RN, apprenons-leur les chiffres
Le plus facile serait de transformer cette enquête en arme politique :
« Regardez ces électeurs RN, ils ne comprennent rien ! »
C’est précisément la mauvaise conclusion.
Le véritable enseignement est plus dérangeant : la culture économique française est insuffisante pour permettre à une grande partie de la population de décrypter sereinement des programmes politiques de plus en plus complexes.
Et quand les citoyens ne disposent pas des outils pour vérifier les promesses, le terrain devient idéal pour les simplifications, les approximations et les slogans.
La démocratie mérite mieux qu’un concours de punchlines.
Elle mérite des chiffres.
Des sources.
Des calculs.
Des contradictions assumées.
Et surtout, des programmes qui expliquent comment ils financent ce qu’ils promettent.
Parce qu’au bout du compte, le véritable contrôle de connaissances n’est peut-être pas celui de l’IFOP.
C’est celui que les électeurs devraient pouvoir faire passer aux candidats.
Et cette fois, pas question de leur donner les réponses à l’avance.
#Artia13
