Le Suriname, miroir déformant : quand la droite française rêve d’un passé colonial glorieux.
Le fait principal
Le Suriname commémore cette année le naufrage tragique du Leusden, un bateau négrier qui a sombré en 1738 avec 664 captifs, une tragédie longtemps oubliée mais qui refait surface à l’occasion des 50 ans de l’indépendance du pays.
Ce qui s’est passé
En janvier 1738, le Leusden, un navire négrier hollandais, s’est échoué dans l’estuaire du fleuve Maroni, à proximité de la Guyane française. Les 664 captifs enfermés dans la cale ont été abandonnés à leur sort, tous noyés alors que les rives étaient à portée. Ce drame maritime reste le plus grand naufrage de la traite négrière à ce jour. En décembre 2025, le roi des Pays-Bas, Willem Alexander, a présenté des excuses officielles pour ce passé colonial lors d’une cérémonie marquante à Paramaribo, où des représentants des communautés autochtones et des descendants d’esclaves ont accepté son pardon.
Le contexte
Le Suriname, ancienne colonie néerlandaise, a obtenu son indépendance en 1975. Son histoire est marquée par l’esclavage et la résistance des marrons, ces esclaves en fuite qui ont formé des communautés autonomes. Le naufrage du Leusden est un symbole puissant de cette mémoire collective. Les fouilles archéologiques menées en 2021 par Laetitia Fernandez et une équipe de scientifiques visent à exhumer cette histoire tragique, longtemps tue et ignorée.
Les chiffres à retenir
– 664 captifs noyés lors du naufrage du Leusden.- 600 000 Africains déportés par la Compagnie des Indes Néerlandaises.- 75 000 esclaves morts sur les navires néerlandais.- Jusqu’à 500 plantations au Suriname au XVIIIe siècle.
Ce que cela révèle
Cette commémoration met en lumière les contradictions de la monarchie néerlandaise, qui a prospéré sur l’esclavage pendant près de 300 ans. Le pardon accordé par les descendants d’esclaves semble presque dérisoire face à l’ampleur du crime. La réconciliation est-elle vraiment possible sans véritables réparations? Le roi, en se rendant au Suriname, souhaitait donner une image de cohérence. Pourtant, les chiffres et l’histoire racontent une tout autre réalité, celle d’un passé qui continue de hanter le présent.
Ce qu’il faut retenir
Le naufrage du Leusden est plus qu’un simple fait historique; il est le reflet d’une mémoire collective douloureuse qui refuse de s’effacer. Alors que le Suriname célèbre son indépendance, il est crucial de ne pas oublier les leçons du passé. Les excuses du roi des Pays-Bas, bien que symboliques, doivent s’accompagner d’une réflexion profonde sur les réparations et la reconnaissance des injustices historiques.
Sources : Laetitia Fernandez, Le Monde, RFI.
