
102,9 millions pour 4 épreuves de F1 : la chambre régionale des comptes étrille le bilan financier du Grand Prix de France du Castellet
Les monoplaces de Formule 1 ont depuis longtemps déserté le bitume du circuit Paul-Ricard au Castellet, mais que reste-t-il de son héritage financier ? Le couperet vient de tomber sous la forme du rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes (CRC), qui a examiné la gestion du Groupement d’intérêt public (GIP) du Grand Prix de France entre 2018 et 2022. Pour le contribuable, le GIP s’avère être un gouffre financier.
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Malgré 65,6 millions d’euros de subventions d’exploitation versées par les collectivités locales entre 2018 et 2022, le GIP a enregistré des pertes, avec un déficit cumulé de 28,1 millions d’euros sur cette période.
Une logique de résultats déconnectée des moyens financiers
Les magistrats financiers soulignent les choix de gouvernance comme une explication. Ils notent que « la direction du GIP s’est inscrite dans une logique de résultats de plus en plus déconnectée de ses moyens financiers ». Le nombre de collaborateurs a augmenté de 5 en 2017 à 21 en 2019, faisant tripler la masse salariale, qui est passée de 1,1 à 2,8 millions d’euros en 2022. Le rapport évoque également une augmentation significative du salaire du directeur général, qui a été porté à 338 000 euros par an, soit une majoration de 80 % par rapport à son prédécesseur. Les dépenses des dirigeants, y compris celles de la secrétaire générale et du directeur des opérations, ont également été critiquées, avec des frais cumulés de 105 370 euros entre 2020 et 2022.
En dépit d’une situation financière déjà précaire, des études sur la faisabilité d’un Grand Prix à Nice ont été engagées, coûtant 550 000 dollars.
Modèle économique déficitaire
Le rapport souligne que « la billetterie était insuffisante pour faire face à la redevance de 23 millions de dollars due au groupe Formula One Management, ainsi qu’« aux coûts d’organisation de la compétition. Le modèle s’est avéré structurellement déficitaire. Les dirigeants ont appliqué une politique de prix des billets qui ne reflétait pas les coûts d’organisation, ce qui a aggravé les comptes de l’événement.
Gestion de la commande publique mise en cause
La CRC met également en lumière la gestion de la commande publique, notant que dix marchés ont été passés sans publicité ni mise en concurrence. Ces marchés concernent des prestations de services juridiques et de conseils sportifs, avec des commandes s’élevant à plusieurs millions d’euros chaque année.
Paralysie et dettes
Depuis le départ du groupe Formula One Management en 2022, le GIP est dans une situation de paralysie. Avec des dettes dépassant les 36 millions d’euros à la fin de cette même année, aucune entité ne semble prête à assumer la responsabilité des difficultés financières. Le GIP, dépourvu d’objet social depuis 2022, attend l’issue de sa procédure de liquidation.
En cumulant le passif et l’argent déjà injecté, la contribution financière totale des membres du GIP dépasse les 99 millions d’euros. Avec la contribution de l’État, ce sont plus de 102,9 millions d’euros d’argent public qui ont été mobilisés pour organiser quatre épreuves de Formule 1, sans que les retombées économiques soient avérées. La justice enquête actuellement sur des possibles délits de « favoritisme » et « détournement de fonds publics ».
Contribution par membre
Selon le rapport de la CRC, les contributions des membres du GIP sont les suivantes :
- 32,5 millions d’euros pour la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (21,4 millions de subventions et 11,1 millions de passif).
- 15,5 millions d’euros pour la Métropole Nice Côte d’Azur (10,2 millions de subventions et 5,3 millions de passif).
- 15,5 millions d’euros pour la Métropole Toulon Provence Méditerranée (10,2 millions de subventions et 5,3 millions de passif).
- 15,5 millions d’euros pour le Département du Var (10,2 millions de subventions et 5,3 millions de passif).
- 8,6 millions d’euros pour la Métropole Aix-Marseille (4,6 millions de subventions et 4 millions de passif).
- 4 millions d’euros pour la CCI du Var (2,6 millions de subventions et 1,4 million de passif).
- 2,8 millions d’euros pour le Département des Bouches-du-Rhône (1,5 million de subventions et 1,3 million de passif).
- 2,3 millions d’euros pour la communauté d’agglomération Sud Sainte-Baume (1,5 million de subventions et 0,8 million de passif).
- 1,8 million d’euros pour la CCI régionale (1 million de subventions et 0,8 million de passif).
- 0,5 million d’euros pour la SAS Excelis, propriétaire du circuit (0,1 million de subventions et 0,4 million de passif).
Réaction de Christian Estrosi
Christian Estrosi, président du conseil d’administration du GIP, a réagi en dénonçant la divulgation du rapport comme une violation des règles de confidentialité. Il a affirmé que le projet du Grand Prix avait été porté collectivement par les collectivités membres du GIP, qui avaient validé les comptes et les règles financières.
Source : Chambre régionale des comptes.



