Avancer continuellement, parcourir de longues distances, au rythme des éléments. À bien des égards, la voile est le mode d’itinérance ultime. Pour certains, elle est aussi un mode de déplacement engagé. Pour d’autres, un outil scientifique ou un moyen d’accéder à des territoires et à des expériences autrement inaccessibles. Pour tous, elle transforme profondément le rapport au temps, aux autres et à l’environnement. Rencontre avec la grimpeuse Soline Kentzel : naviguer pour se déplacer autrement.
Table Of Content
- Qu’est-ce qui t’a amenée à choisir le voilier pour grimper au Yosemite ?
- Comment as-tu fait pour embarquer ?
- Qu’est-ce que change la vie à bord ?
- Quels moments t’ont le plus marquée ?
- Et l’arrivée ?
- Qu’est-ce que l’itinérance à la voile t’a enseigné ?
- Tu as médiatisé ces traversées à travers un premier film, Cap sur El Cap, et un second à venir. Une façon de montrer d’autres manières de voyager ?
- Ce qui se passe réellement
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Grimpeuse spécialisée dans le trad et les big walls, Soline Kentzel a traversé l’Atlantique à deux reprises en voilier pour grimper au Yosemite. Elle raconte ce que la voile change au déplacement, dans les relations et dans la manière de découvrir un lieu.
Qu’est-ce qui t’a amenée à choisir le voilier pour grimper au Yosemite ?
C’est Seb (Berthe, ndlr) me l’a proposée. À l’époque, je n’envisageais pas d’aller aux États-Unis car dans ma tête, c’était forcément en avion. Sans le voilier, je ne serais pas partie. Je n’avais jamais navigué, je ne savais même pas si j’aurais le mal de mer avant d’embarquer !
Comment as-tu fait pour embarquer ?
La première expé, on était trop nombreux pour faire du bateau-stop, alors on a monté un dossier, on a cherché via des forums, le bouche-à-oreille… et on a eu de la chance : une connaissance a fini par nous mettre en lien avec un bateau. Le deal : on devait aider le capitaine à retaper son magnifique deux-mâts de 15 mètres pour embarquer. La seconde transat, une amie d’amie connaissait quelqu’un qui convoyait des bateaux. Je l’ai contacté, il avait de la place pour sa prochaine traversée sur un catamaran de luxe. Deux expériences très différentes !
Qu’est-ce que change la vie à bord ?
D’une manière générale, la vie en mer requiert beaucoup de communication et d’adaptation. On apprend sur soi, mais aussi sur les autres. Dans un espace réduit, on se connaît vite. On “capte” tout de suite l’humeur des uns et des autres. J’aime cette promiscuité, cette sensation de comprendre l’autre plus finement. À terre, on ne fait pas cet effort. Et puis, il y a tout le côté physique : c’est épuisant de naviguer. Les premiers quarts de nuit, j’ai cru ne jamais réussir à me lever. Puis je me suis habituée. Nous, on a pris la mer pour aller grimper de gros projets, alors il fallait garder une certaine activité pour ne pas arriver trop diminués.
Quels moments t’ont le plus marquée ?
Je pense surtout aux escales, qui font pleinement partie de l’itinérance à la voile. J’ai découvert des endroits où je ne serais jamais allée autrement. Le Cap-Vert, par exemple : c’était le premier pays africain que je visitais, et la séparation nette entre le port, l’espace des Occidentaux, et le reste du territoire m’a beaucoup questionnée. Les Antilles françaises aussi, où de grands mouvements sociaux autour de l’eau et du coût de la vie étaient en cours. Et puis il y a les moments difficiles en mer. Les tempêtes, quand tu es constamment trempé, que tu ne peux pas dormir, que tu as peur… Ça marque.
Et l’arrivée ?
L’arrivée au Yosemite était incroyable. Je ne pourrai jamais vraiment comparer, mais je crois que la voile change la façon de découvrir une destination. Tu te rends compte de la distance parcourue et tu ressens peut-être davantage les différences culturelles. La voile donne de la profondeur au voyage. Et puis, quand tu es devant ta voie d’escalade et que tu as un peu un coup de mou, tu peux te dire : » J‘ai fait tout ça pour en arriver là. Le plus dur est derrière moi ! »
Qu’est-ce que l’itinérance à la voile t’a enseigné ?
Je suis un peu plus débrouillarde. La voile permet de relativiser les soucis, les galères, mais aussi les distances. Demain, tu me dis : « On va en République tchèque en stop », ça ne me semble pas très compliqué !
Tu as médiatisé ces traversées à travers un premier film, Cap sur El Cap, et un second à venir. Une façon de montrer d’autres manières de voyager ?
Certains spectateurs nous ont confié n’avoir pas vraiment conscience de l’immense pollution engendrée par le trafic aérien. Mais je ne suis pas là pour leur dire comment voyager. Traverser l’Atlantique en voilier, ça reste un truc de privilégié : il faut du temps, de l’argent, un réseau… J’aimerais surtout leur donner envie de sortir de leur zone de confort, d’essayer autre chose, même à petite échelle, et d’y trouver du plaisir.
Naviguer à Contre-Courant : La Voile, un Voyage Engagé
Soline Kentzel, grimpeuse audacieuse, traverse l’Atlantique en voilier pour fuir l’avion, mais est-ce vraiment un acte de résistance ou juste un luxe déguisé ?
Dans un monde où l’aviation est souvent synonyme de progrès, Soline Kentzel, grimpeuse spécialisée dans le trad et les big walls, choisit de naviguer pour atteindre le Yosemite. Un choix qui, à première vue, semble admirable, mais qui soulève des questions sur l’engagement écologique et les privilèges associés à de telles aventures. Qui aurait cru que la mer, avec ses tempêtes et ses quarts de nuit, pourrait devenir un symbole de résistance contre les dérives autoritaires et les politiques ultraconservatrices ?
Ce qui se passe réellement
Pour Soline, la voile est bien plus qu’un simple moyen de transport. Elle raconte comment, sans cette option, elle n’aurait jamais envisagé de quitter la France pour les États-Unis. « Sans le voilier, je ne serais pas partie, » avoue-t-elle, révélant ainsi une dépendance à un mode de transport qui, paradoxalement, est souvent perçu comme élitiste. En effet, traverser l’Atlantique en voilier nécessite du temps, de l’argent et un réseau, des ressources que beaucoup n’ont pas.
La vie à bord, dit-elle, exige une communication intense et une adaptation constante. Dans un espace réduit, les relations se tissent rapidement, mais cela ne fait pas disparaître les inégalités. « À terre, on ne fait pas cet effort, » déplore-t-elle, comme si la promiscuité en mer pouvait compenser les injustices sociales qui persistent à terre.
Pourquoi cela dérange
Le contraste est frappant : alors que Soline navigue pour échapper à la pollution aérienne, elle ne peut ignorer que son choix est un luxe. Les escales, bien que révélatrices, mettent en lumière les inégalités entre les espaces réservés aux Occidentaux et ceux des populations locales. Le Cap-Vert, par exemple, lui a ouvert les yeux sur les réalités socio-économiques, mais à quel prix ?
Ce que cela implique concrètement
Les voyages en voilier, bien que poétiques, soulèvent des questions sur l’accessibilité et l’impact environnemental. Soline admet que traverser l’Atlantique en voilier est un « truc de privilégié ». Cela remet en question l’idée que l’on peut voyager de manière éthique sans tenir compte des privilèges qui permettent de le faire.
Lecture satirique
Alors que certains prônent des solutions écologiques, comme le voyage en voilier, la réalité est que ces choix sont souvent réservés à une élite. Les discours politiques sur la réduction des émissions de carbone semblent déconnectés de la réalité vécue par ceux qui n’ont pas les moyens de naviguer. La promesse d’un monde plus vert se heurte à la réalité des inégalités économiques.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, ces contradictions résonnent avec les discours des dirigeants autoritaires qui prônent des politiques de durabilité tout en favorisant des pratiques néfastes. Les États-Unis, par exemple, continuent de promouvoir une image de leader en matière d’environnement, tout en étant l’un des plus grands pollueurs. La voile, symbole de liberté, devient ainsi un outil de critique des politiques qui ne tiennent pas compte des réalités sociales.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est crucial de repenser nos modes de déplacement. Si la voile peut offrir une alternative, elle ne doit pas devenir un symbole de privilège. La prise de conscience collective est essentielle pour que chacun puisse envisager des voyages plus durables, sans se heurter aux barrières économiques.
Sources








