
Œuvres scellées, tableaux rehaussés et reliques cachées : face aux vols dans les églises, les villages de Gironde s’organisent
Ce matin-là, en pleine semaine, les visiteurs entrent par petits groupes dans l’église du XIVe siècle. Certains lèvent les yeux vers les vitraux, d’autres s’attardent devant le tombeau du pape gascon. Les portes restent ouvertes toute la journée. « Il y a beaucoup de passage ici, à cause de l’activité cultuelle – l’église est consacrée – mais aussi avec toute l’histoire autour de Clément V », défend le président de l’association des Amis de la collégiale, ancien maire du village. « C’est un haut lieu patrimonial », alors forcément, « ça attire ».
Cependant, ces dernières semaines, ce qui attire les visiteurs attire aussi les voleurs. Uzeste se trouve presque sur la même ligne que Villandraut, Préchac et Captieux, trois communes dont les églises ont été visitées coup sur coup. Captieux le 25 avril, Préchac le 28, Villandraut le 30, et des cambriolages parfois maigres en butin – 200 euros dérobés à Captieux, rien emporté ailleurs – mais qui ont laissé derrière eux des sacristies fouillées, des tiroirs retournés, des portes ouvertes en pleine journée. Des vols d’opportunité mais suffisants pour raviver une inquiétude ancienne de voir disparaître, pièce après pièce, le patrimoine silencieux des églises rurales.
Dans ces bâtiments, souvent ouverts du matin au soir, les objets liturgiques dorment presque à découvert. Crucifix, calices, statues, icônes, chandeliers, tableaux… Autant de morceaux d’histoire locale, parfois plusieurs fois centenaires, disséminés dans des édifices où personne ne surveille en permanence. « Ici, l’église reste ouverte toute la journée et il n’y a pas forcément quelqu’un dedans à chaque instant », reconnaît Éric Douence.
À Uzeste, la collégiale a déjà connu plusieurs intrusions. « Il y a trois ans, ils ont tenté de passer par la porte nord, à l’arrière, plus discrètement », raconte l’ancien élu. Depuis, un projecteur à détecteur de mouvement a été installé devant les accès. Mais jusqu’où sécuriser sans transformer l’église en forteresse ? « Mettre une alarme ? On a des chauves-souris à l’intérieur, elle se déclencherait toutes les nuits », sourit-il à moitié. Puis le ton redevient sérieux. « Le vrai problème, c’est l’argent. Tout ça coûte cher. »
La collégiale a aussi été victime à plusieurs reprises de vols de cuivre sur ses gouttières, encore en janvier dernier. À force de remplacements, les descentes ont finalement été changées pour du PVC, avec l’autorisation de la DRAC. « C’est couleur pierre, ça se voit peu. Car les remboursements, c’est ‘peanuts’ quand on nous les vole. Et quand il faut refaire, c’est plein pot. »
Dans une annexe attenante à l’église, certains objets jugés comme les plus précieux ont été déplacés dans ce que les bénévoles appellent ici « la salle au trésor ». Derrière une porte blindée, crucifix anciens, calices et objets liturgiques sont rangés à l’abri. « Ça fait son petit effet pour les visiteurs », avoue Éric Douence. Avant d’ajouter, presque dans un souffle : « Mais ça attise aussi les convoitises. » La porte a déjà été fracturée une fois, sans succès. « On tombe un peu dans la paranoïa, c’est vrai. Mais à un moment, il faut l’être. »
À une dizaine de kilomètres de là, la cathédrale gothique Saint-Jean-Baptiste à Bazas, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, a également été ciblée. « Ils ont volé des descentes en cuivre, au moins trois. J’ai remarqué ça hier soir », témoigne un riverain. Une plainte a été déposée auprès des services de la gendarmerie. Même les édifices classés Unesco n’échappent plus aux vols opportunistes. À l’intérieur, le patrimoine a une tout autre valeur. « Les tableaux sont en hauteur et peu accessibles », observe Juliette de Cerval, présidente de l’association, en levant les yeux vers les grandes toiles suspendues aux murs. À côté d’elle, Amélie Piganeau montre discrètement les fixations métalliques derrière certains cadres. « Ceux-là sont attachés. D’une manière générale, tout ce qui peut être scellé ou fixé l’est au maximum. »
Les villages de Gironde prennent donc des mesures pour protéger leur patrimoine, mais la question de la sécurité reste cruciale, notamment en raison des coûts associés.
Source : Sud Ouest.




