
Mars en 153 jours : une nouvelle méthode propose d’utiliser les orbites des astéroïdes pour accélérer les voyages interplanétaires
Dans la course vers Mars, le temps de trajet demeure l’un des principaux défis pour les futures missions habitées. Marcelo de Oliveira Souza, de l’Université d’État du Nord-Río de Janeiro (UENF), au Brésil, a récemment présenté deux architectures de mission aller-retour vers Mars, réalisables en 153 et 226 jours. Ces résultats, publiés dans la revue Acta Astronautica, reposent sur une méthode innovante exploitant les données orbitales initiales d’un astéroïde pour identifier des corridors de transfert rapides entre la Terre et Mars. Bien que cette étude soit encore à un stade théorique, elle ouvre de nouvelles perspectives méthodologiques.
La planification des missions interplanétaires s’appuie traditionnellement sur le phénomène de l’opposition de Mars, qui se produit tous les 26 mois, lorsque la Terre se place entre le Soleil et Mars, rapprochant ainsi les deux planètes. Cependant, Oliveira Souza a inversé cette approche classique. Il a utilisé une ancienne estimation orbitale de l’astéroïde géocroiseur 2001 CA21, calculée par le Jet Propulsion Laboratory de la NASA en 2015. Cette orbite initiale, bien qu’évolutive, offre un cadre utile pour filtrer les opportunités de transfert rapide.
L’analyse révèle que l’opposition de 2031 représente la seule fenêtre où la géométrie Terre-Mars s’aligne favorablement avec le plan orbital de l’astéroïde, permettant des trajectoires vers Mars en 33 et 56 jours, avec des missions complètes d’environ 153 et 226 jours. Les fenêtres précédentes de 2027 et 2029, bien que géographiquement plus proches, nécessiteraient des vitesses de départ d’environ 19 km/s, rendant ces options moins viables.
L’astéroïde n’est pas utilisé comme point de passage physique, mais son plan orbital sert d’outil pour identifier des corridors de transfert que les méthodes classiques pourraient négliger. La trajectoire de 153 jours reste actuellement hors de portée des technologies de propulsion existantes, tandis que celle de 56 jours frôle le record de vitesse établi par la sonde New Horizons. Les vitesses d’arrivée posent également des défis, nécessitant possiblement des concepts d’aerocapture ou de remorqueur de freinage. En revanche, la mission de 226 jours repose sur des systèmes éprouvés, sans nécessiter de technologies expérimentales.
Ces résultats doivent encore être validés par des missions concrètes et des tests en conditions réelles. Des études supplémentaires seront nécessaires pour évaluer la faisabilité opérationnelle, notamment en ce qui concerne la propulsion, les contraintes biologiques sur les équipages et les systèmes de freinage à l’arrivée.
L’intérêt de cette recherche va au-delà de Mars. Elle démontre comment la géométrie d’une orbite préliminaire d’un petit corps peut servir d’outil pour identifier rapidement des opportunités de transfert interplanétaire. Les milliers d’astéroïdes géocroiseurs catalogués pourraient constituer une bibliothèque de « corridors géométriques » à exploiter pour d’autres destinations dans le système solaire. Si cette approche est confirmée, elle pourrait transformer la planification des trajectoires par les agences spatiales dès les premières étapes de conception des missions.
Source : Marcelo de Oliveira Souza, “Using asteroid early orbital data for rapid mars missions”. Acta Astronautica (2026)





