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Le 14 avril 2020, le conseil départemental mettait en place l’expérimentation du cumul du revenu de solidarité active avec une activité salariée pour des emplois saisonniers dans le monde agricole. Depuis, la mesure a prouvé son efficacité pour l’accès à l’emploi et la sortie du RSA. Le dispositif est reconduit cette année, pour les secteurs agricole, du bâtiment, de l’hôtellerie-restauration, des services à la personne et de la petite enfance.
Six ans, presque jour pour jour, que le conseil départemental de l’Aude délibérait pour expérimenter une mesure de cumul du revenu de solidarité active (RSA) avec des revenus salariés issus d’emplois saisonniers dans le monde agricole. L’innovation trouve alors sa place dans un contexte très particulier. Covid oblige, l’activité économique est au ralenti. À l’automne 2020, Catherine Bossis, alors vice-présidente en charge de l’inclusion sociale, s’autorise une projection : « On attend 1 400 foyers de plus qu’à fin 2019 ». Pendant ce temps, la filière agricole est en mal de bras pour les travaux saisonniers, notamment en raison de la défection de la main-d’œuvre étrangère.
Le 14 avril 2020, le Département vote donc ce ballon d’essai, avec la possibilité de cumuler jusqu’à deux mois de travail, l’équivalent de 300 heures annuelles payées au Smic, avec le versement du RSA maintenu tout en « neutralisant » les salaires perçus. L’Aude rejoint la liste des conseils départementaux qui ont tenté l’expérience en 2019, de l’Aube à l’Alsace en passant par le Rhône, la Dordogne ou la Gironde. En 2021, l’Aude élargit le dispositif à l’hébergement touristique et à la restauration, puis en 2022 au BTP et à l’aide à la personne. En 2021, les 18 232 heures de travail cumulées via les 250 contrats signés par 102 personnes représentent 166 494 € de salaires ; en 2023, 336 bénéficiaires du RSA sont concernés, avec 64 129 heures travaillées et 643 942 € de « pouvoir d’achat », précise le Département dans un « Flash info » dédié à la mesure. L’agriculture et la viticulture sont alors le 1er secteur concerné en volume horaire (22 551 heures, devant l’hôtellerie-restauration, 19 928 heures) et en nombre de bénéficiaires (126, devant les services à la personne, 91, NDLR).
Une hausse des sorties du RSA depuis la mise en œuvre de la mesure
Voilà pour les bénéfices à court terme. Mais depuis la mise en œuvre du dispositif, le Département a aussi observé un « impact positif sur l’accès à l’emploi », avec une hausse des « sorties du RSA ». La preuve par les chiffres que ce cumul est bien un « véritable levier d’insertion professionnelle qui permet aux allocataires de renouer progressivement avec le monde du travail, de retrouver un rythme de vie professionnel, de renforcer leur confiance et leur valorisation personnelle, tout en améliorant leur pouvoir d’achat ».
Des termes employés dans la délibération de la commission permanente du Département qui, le 27 mars 2026, a donc décidé de reconduire la mesure de cumul. Une « mesure d’incitation locale », insiste la collectivité, rappelant que le dispositif « s’inscrit pleinement dans les orientations portées par la loi de plein-emploi ». Une loi dont l’application au 1er janvier 2025 a profondément modifié le parcours des demandeurs d’emploi et des bénéficiaires du RSA, instaurant notamment un système de sanctions en cas de non-respect du contrat d’engagement et des 15 heures d’activité imposées.
315 000 € de crédits réservés pour la mesure en 2026
Un principe au sujet duquel le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale avait pointé les risques « d’exclusion sociale », de stigmatisation ou de paupérisation. Rien de tout ça, donc, avec ce cumul qui, rappelait la délibération du 27 mars, a concerné 341 allocataires en 2024 et 193 en 2025, avec la neutralisation respective de 693 597 € puis 314 316 € de salaires. C’est donc à destination des secteurs agricole, du bâtiment, de l’hôtellerie-restauration, des services à la personne et de la petite enfance que le dispositif sera reconduit en 2026, avec un plafond maximal de 200 heures annuelles, et 315 000 € de crédits réservés. Pas de quoi faire fortune, rappelons-le : au 1er avril, pour une personne seule, le RSA est de 651,69 € ; de 1 368,56 € pour un couple avec deux enfants.
Un prolongement de l’engagement susceptible de bénéficier à un des 15 160 allocataires du RSA recensés dans l’Aude au 31 décembre 2025, « soumis à des droits et devoirs », notamment des démarches d’insertion. Un chiffre qui se rapproche de celui issu de l’enquête des besoins en main-d’œuvre publiée par France Travail en 2025 : dans l’Aude, 14 520 projets de recrutement étaient alors avancés, principalement dans… les secteurs agricoles, le tourisme, le BTP et les services à la personne.
RSA et Emplois Saisonnier : Un Cumul Qui Ne Fait Pas Fortune
Le conseil départemental de l’Aude reconduit une mesure de cumul du RSA avec des emplois saisonniers, prouvant son efficacité… ou son absurdité ?
En avril 2020, alors que le monde entier se débattait avec les conséquences du Covid, le conseil départemental de l’Aude a décidé de jouer les apprentis sorciers en expérimentant le cumul du revenu de solidarité active (RSA) avec des emplois saisonniers. Une idée brillante, n’est-ce pas ? Après tout, qui ne voudrait pas travailler pour un salaire de misère tout en continuant à vivre des subsides de l’État ?
Ce qui se passe réellement
Six ans après le lancement de cette initiative, il semblerait que le Département ait trouvé un moyen de faire d’une pierre deux coups : d’un côté, il permet aux allocataires du RSA de travailler dans des secteurs en manque de main-d’œuvre, comme l’agriculture ou l’hôtellerie-restauration ; de l’autre, il se vante d’une hausse des « sorties du RSA ». En 2023, 336 bénéficiaires ont travaillé 64 129 heures, générant 643 942 € de « pouvoir d’achat ». Mais attention, ne vous attendez pas à des salaires mirobolants !
Pourquoi cela dérange
La mesure, bien que présentée comme un « véritable levier d’insertion professionnelle », soulève des questions. En effet, comment peut-on parler d’insertion lorsque le RSA pour une personne seule est de 651,69 € ? C’est un peu comme offrir un bonbon à un enfant tout en lui disant qu’il doit se contenter de l’eau du robinet pour le reste de la journée.
Ce que cela implique concrètement
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 341 allocataires en 2024 et 193 en 2025 ont bénéficié de cette mesure, mais à quel prix ? Les bénéficiaires sont « soumis à des droits et devoirs », ce qui ressemble plus à une forme de contrôle qu’à une réelle aide. On pourrait presque croire que le Département cherche à faire du RSA un outil de punition plutôt qu’un filet de sécurité.
Lecture satirique
Le discours politique autour de cette mesure est aussi savoureux qu’ironique. D’un côté, on nous dit que le cumul du RSA et des emplois saisonniers est une « mesure d’incitation locale ». De l’autre, le même Département impose des sanctions aux demandeurs d’emploi qui ne respectent pas leurs « droits et devoirs ». On nage en plein paradoxe !
Effet miroir international
Si l’on regarde au-delà des frontières, on pourrait faire un parallèle avec les politiques autoritaires qui, sous couvert de protection sociale, imposent des conditions draconiennes aux plus vulnérables. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, la stigmatisation des allocataires est une pratique courante. Mais ici, en Aude, on fait ça avec un sourire et un discours bien rodé.
À quoi s’attendre
Avec 315 000 € de crédits réservés pour 2026, il est évident que le Département n’est pas prêt à abandonner cette mesure. Mais à quel coût pour les bénéficiaires ? La promesse d’une sortie du RSA semble plus être un mirage qu’une réalité tangible.
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