Quand le RN se rappelle que la France a des trésors à rendre : ironie d’une mémoire sélective.
Le fait principal
La France se prépare à voter une loi-cadre en 2026 pour la restitution de biens culturels pillés durant la colonisation. Une avancée significative, mais qui laisse dans l’ombre la question cruciale des archives.
Ce qui s’est passé
Près de cinquante ans après l’appel d’Amadou-Mahtar M’Bow, ancien directeur de l’Unesco, la France a enfin décidé de se pencher sur le sort des œuvres d’art volées. La loi à venir permettra la restitution de milliers d’objets, mais exclut les archives publiques. Lors d’un débat à Paris, l’historien Mamadou Diouf et l’archiviste Sarah Frioux-Salgas ont soulevé des questions sur la mémoire, la justice et la circulation des patrimoines. Comment écrire l’histoire sans archives ?
Le contexte
La loi de 2026 vise à sortir du principe d’inaliénabilité des œuvres d’art publiques. En effet, jusqu’à présent, ces œuvres, considérées comme propriété de l’État français, ne pouvaient être restituées. Cependant, les archives restent sur le banc de touche, ce qui pose un problème majeur pour la reconnaissance de l’histoire coloniale. Vincent Négri, juriste du patrimoine, souligne que la loi se concentre uniquement sur les collections muséales, laissant les archives dans l’oubli.
Les chiffres à retenir
– 50 ans : le temps qu’il a fallu pour que l’appel d’Amadou-Mahtar M’Bow soit entendu.- 2026 : l’année où la loi sur la restitution des biens culturels devrait être votée.
Ce que cela révèle
Cette situation met en lumière une contradiction flagrante. D’un côté, la France souhaite réparer les injustices passées en restituant des œuvres d’art ; de l’autre, elle ignore délibérément les archives, ces témoins essentiels de l’histoire coloniale. Les ventes aux enchères continuent d’alimenter le marché de l’art, comme l’illustre la récente vente d’une plaque en bronze de Benin City, sans mentionner la violence coloniale à l’origine de son acquisition. Un bel exemple de double discours : parler de restitution tout en continuant à ignorer les vérités dérangeantes.
Ce qu’il faut retenir
La loi de 2026 marque un tournant pour la restitution des biens culturels, mais elle laisse dans l’ombre un pan essentiel de l’histoire : les archives. La France se donne bonne conscience en restituant des œuvres d’art tout en continuant à occulter les témoignages écrits de son passé colonial. La mémoire et l’identité des peuples colonisés méritent mieux qu’un traitement en demi-teinte.
Source : RFI
