Olaf Stapledon et la Notion de Mythe dans la Science-Fiction : Une Analyse Critique
La science-fiction, fortement influencée par le rationalisme scientifique, est souvent perçue comme un domaine plus proche de la science que de la fiction. Cette tendance est particulièrement marquée en France, où la critique littéraire s’efforce de séparer la science-fiction de la mythologie, considérée comme une forme de fiction spéculative ou imaginative. Claire Cornillon, dans sa thèse intitulée Par-delà l’Infini. La Spiritualité dans la Science-Fiction française, anglaise et américaine (Sorbonne Nouvelle, 2012), souligne que la critique anglophone ne fait pas cette distinction, englobant la science-fiction et la fantasy sous le terme de fiction spéculative.
Cornillon affirme que, bien que la science-fiction ait parfois été qualifiée de « mythologie moderne », elle ne peut être considérée comme telle selon la définition anthropologique du mythe. Elle est plutôt un réservoir de motifs pour un imaginaire collectif, sans prétendre créer de nouveaux mythes. Jean-Marie Grassin ajoute que la science-fiction tend à explorer et renouveler les mythes traditionnels plutôt que d’en créer de nouveaux.
Cette séparation entre science-fiction et mythologie se complique avec des figures emblématiques comme C. S. Lewis et Olaf Stapledon, qui ont cherché à établir des mythologies contenant des vérités spirituelles. Tandis que Lewis, avec son conservatisme religieux, est plus facilement écarté, Stapledon, agnostique et progressiste, pose un défi plus complexe.
Robert Branham décrit Stapledon comme un penseur qui valorisait la vision mystique tout en maintenant une distance sceptique vis-à-vis des interprétations littérales ou mythiques. Dans son œuvre Star Maker, Stapledon lui-même admet que ses descriptions des mondes extraterrestres peuvent être « presque entièrement fausses », mais qu’elles peuvent néanmoins contenir une vérité semblable à celle que l’on trouve dans les mythes.
Ainsi, Stapledon tente de représenter imaginativement des vérités similaires à celles des mythes traditionnels. Bien qu’il se considère agnostique, il croit que l’esprit humain peut appréhender des réalités spirituelles. Son approche critique ne se résume qu’à une modestie quant à sa capacité à créer des mythes constants et véridiques.
En conclusion, la science-fiction, telle que la conçoit Stapledon, s’apparente à une mythologie qui représente symboliquement les forces cosmiques, intégrant les données de la science moderne tout en oscillant entre rationalisme critique et mythologie nouvelle. Cette spécificité la distingue du réalisme, affirmant ainsi son statut de mythologie contemporaine.
Source principale : Claire Cornillon, Par-delà l’Infini. La Spiritualité dans la Science-Fiction française, anglaise et américaine, Sorbonne Nouvelle, 2012.



