Olivier Breuilly est de retour à Nice. Le directeur général des services (DGS) de la Ville et de la Métropole, nommé en mars 2022 et viré en octobre 2023 par Christian Estrosi, est le nouvel adjoint au maire délégué aux Finances.
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Sa mission : remettre de l’ordre dans les comptes.
Surtout faire des économies, pour éponger la promesse de campagne d’Éric Ciotti : baisser les impôts.

Baisser les impôts alors que les caisses sont vides : est-ce raisonnable ?
Vendredi 24 avril, nous allons voter une baisse des taxes locales de 4,68 points à la Ville, via la taxe foncière, et 1 point à la Métropole via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères [TEOM]. Ce cumul permettra de revenir au niveau de prélèvement de 2023, avant la hausse votée par Christian Estrosi. J’ai réparti la charge entre les deux collectivités. L’intérêt est que la baisse de la TEOM est reportable sur les locataires : il n’y aura pas que les propriétaires fonciers qui bénéficieront de la baisse. Tous les contribuables seront gagnants : les résidences secondaires, les foncières et les locataires. C’est un effort considérable.
Comment allez-vous compenser ce manque à gagner ?
Pour la taxe foncière, c’est à peu près 34,6 millions d’euros, et 12,5 millions pour la TEOM. Comme tous les taux sont liés par la loi, il y aura aussi une baisse de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires d’environ 4 millions d’euros. Au total, ça fait environ 52 millions de plus dans la poche des gens. Nous compenserons ça par une gestion rigoureuse et des mesures puissantes de réduction de nos dépenses.
La situation de la Métropole est-elle aussi préoccupante que le prétend Éric Ciotti ?
Le réseau d’alerte fonctionne avec 4 ratios : en dessous de 35 pour (la Métropole), vous êtes en alerte. Nous sommes à 22.
Peut-on parler de situation catastrophique ?
Franchement, c’est le mot. Surtout à la Métropole. Les dépenses pléthoriques ne sont pas contrôlées. L’endettement de la Ville est plus faible (520 millions d’euros). La ville est riche et la capacité contributive de ses habitants est hyperélevée. Comme on n’est pas au plafond des taux, si le préfet mettait la Ville sous tutelle, il réglerait le problème en deux ou trois ans en augmentant les impôts. Comme c’était géré n’importe comment, il y a de la marge, partout. C’est pour ça qu’on peut baisser la taxe foncière.
Une illustration de mauvaise gestion, selon vous ?
La sortie ouest de la voie Mathis. En 2019, l’étude donnait 75 millions. En 2021, on passe à 92 millions. Et on finit à 205 millions ! Deux mesures n’avaient pas été prévues. La première est politique : il fallait livrer avant les élections, donc les gens ont travaillé le week-end, la nuit, sans vacances. Le surcoût est énorme. La seconde est technique : ils n’ont fait que trois sondages et ont découvert en creusant qu’il y avait de l’eau dans le lit d’un fleuve ! Bien sûr, il y a l’inflation, mais le Code des marchés prévoit maximum 15 %. Là, on fait 100 % ! 85 % de ce surcoût est inutile et purement politique. C’est pareil partout. Et il y a aussi des dettes cachées.
Par exemple ?
La digue du Port, sans doute la plus grosse : 40 ou 50 millions d’euros. L’opéra : 40 millions. Le Mamac : 40 millions minimum.
Éric Ciotti est-il un meilleur gestionnaire que Christian Estrosi ?
Éric Ciotti comprend les finances. Je ne dis pas qu’Estrosi ne les comprenait pas, il ne voulait pas les comprendre car la politique primait. Éric Ciotti a une vision très gestionnaire, il écoute. Tout notre programme est axé sur la proximité. On ne promet aucun chantier pharaonique. On va rénover partout ce qui appartient à l’histoire et qui a été abandonné : les écoles, les musées… Les routes, quand vous ne les entretenez pas pendant quinze ans, ça vous coûte trois fois le prix. Et puis on renégocie les projets anciens extrêmement coûteux.
Ça suffira-t-il à financer la baisse des impôts ?
La baisse des indemnités des élus va rapporter un million, 2 % des 52 millions à trouver. On va au moins diviser la communication par deux : au moins un million d’achats publicitaires va disparaître. Sur les 1 500 véhicules, on va en supprimer au moins un tiers, ce qui réduira aussi les fluides et les places de stationnement. Pour le traiteur, on dépensait entre 1,3 et 2,5 millions par an. Pour les restaurants, j’attends le détail.
D’autres exemples de gaspillage que vous comptez supprimer ?
La maison de la Métropole à Paris coûtait plus de 600 000 euros par an. Il y avait un chauffeur, une secrétaire qui ne travaillait pas forcément pour la bonne personne, deux voitures avec gyrophares… On va aussi revoir les événements. Le Nice jazz [festival] peut repasser de 4 à 3 millions, sans perdre en qualité. Au Stockfish, payer [le DJ] Bob Sinclar 70 000 euros avec une salle remplie pour plus de la moitié d’invités, ce n’est pas possible. Il va falloir regarder les associations. La mission ONU ne devrait pas survivre. Parce que ce n’est pas l’ONU qui paye, c’est la Ville ! J’ai du mal encore à savoir combien ça représente de personnes. Je crois qu’il en reste quatre en effectif, parce qu’il y en a qui ont dû être ventilés avant qu’on arrive. On a un peu de masse salariale, là, qui devrait nous soulager.
En octobre 2023, vous avez été limogé de votre poste de DGS. Que s’est-il passé ?
Je n’ai jamais eu la vraie raison. Le 22 octobre à 18 heures, on m’appelle pour une réunion le lendemain à Paris. Le matin du 23 octobre, sur Twitter, je lis : « Breuilly est viré. ». Lors du rendez-vous, Christian Estrosi me dit que j’ai fait fuiter des documents sur la tempête Alex, ce qui est faux. Il m’a proposé une mission à l’ONU que j’ai refusée. Je n’ai jamais eu d’autre explication.
Trois ans après on vous retrouve adjoint de l’ennemi juré de Christian Estrosi… C’est une vengeance ?
Non. Quand je suis arrivé à Nice, je ne connaissais pas du tout. Je suis vraiment tombé amoureux de la ville, de la région. J’ai trouvé des gens extraordinaires, principalement dans les agents. Des agents sont hyperattachés au territoire. Pas qu’au service public. Il y a la volonté d’aider la ville, ses voisins. Ça m’a vraiment impressionné. J’avais cette espèce de frustration d’une gabegie alors que c’est une ville riche, mais qui a été gérée n’importe comment. Christian Estrosi a eu deux bons mandats et ça a déraillé sur le troisième. Complètement désorganisé, plus de contre-pouvoir. Il n’y avait plus personne capable de lui dire non. Quand quelqu’un lui disait, il se faisait virer. En fait, Christian Estrosi c’est un sportif de haut niveau. Quand vous le lâchez dans le couloir, il va se taper partout. Il avance à fond. Et s’il n’y a plus de couloir, ça part dans tous les sens. Je pense qu’à l’époque, son couloir c’était Éric Ciotti.
Un libéral de centre-droit au sein d’une majorité avec des élus du RN, ça ne vous dérange pas ?
J’adore la confrontation d’idées. Je suis surpris que ceux qui prônent la diversité refusent d’écouter 30 % de la population. Je reste à l’écoute de manière critique, je saurai dire si quelque chose ne me convient pas. Mais, je ne suis pas idiot, je sais que ce n’est pas la meilleure chose pour ma « carrière »…
Nice : Quand le retour d’Olivier Breuilly rime avec promesses fiscales
Olivier Breuilly, limogé par Christian Estrosi, revient comme adjoint aux Finances. Une mission : baisser les impôts, malgré des caisses vides. Ironie ou incohérence ?
Olivier Breuilly, l’homme qui a connu le limogeage en octobre 2023, est de retour à Nice. Nommé directeur général des services (DGS) en mars 2022, il a été évincé par Christian Estrosi, mais voilà qu’il reprend du service en tant que nouvel adjoint au maire délégué aux Finances. Sa mission ? Remettre de l’ordre dans des comptes visiblement chaotiques.
Ce qui se passe réellement
Breuilly a pour tâche de faire des économies pour éponger la promesse de campagne d’Éric Ciotti : baisser les impôts. Le 24 avril, une baisse des taxes locales de 4,68 points à la Ville et 1 point à la Métropole sera votée. Une manœuvre qui, selon Breuilly, profitera à tous les contribuables, y compris les locataires. Mais peut-on vraiment baisser les impôts alors que les caisses sont vides ?
Pourquoi cela dérange
La promesse de baisser les impôts alors que la situation financière est alarmante soulève des questions. Le réseau d’alerte indique que la Métropole est à 22 sur 100, alors que le seuil d’alerte est fixé à 35. Breuilly lui-même qualifie la situation de « catastrophique ». Comment justifier une baisse d’impôts dans un contexte aussi préoccupant ?
Ce que cela implique concrètement
Pour compenser la perte de revenus de 52 millions d’euros, Breuilly évoque une gestion rigoureuse et des mesures de réduction des dépenses. Mais peut-on vraiment croire qu’une simple réduction des indemnités des élus et une diminution des dépenses publicitaires suffiront ?
Lecture satirique
Il est fascinant de voir comment la promesse de baisser les impôts est brandie comme un étendard, alors que les finances sont en berne. C’est un peu comme si un chef cuisinier promettait un banquet somptueux tout en n’ayant que des restes dans son frigo. La réalité est que les dépenses sont « pléthoriques » et non contrôlées, mais la communication politique semble avoir pris le pas sur la rigueur budgétaire.
Effet miroir international
Cette situation rappelle les discours de certains dirigeants autoritaires qui promettent monts et merveilles tout en creusant les déficits. La promesse d’une gestion rigoureuse dans un contexte de crise est une stratégie qui pourrait faire sourire les observateurs internationaux.
À quoi s’attendre
Avec Breuilly aux commandes, on peut s’attendre à des coupes dans les dépenses, mais cela suffira-t-il à redresser la barre ? La question reste en suspens, et les contribuables de Nice pourraient bien être les premiers à en faire les frais.
Sources





