Nicaragua, la dictature oubliée
Depuis 2018, le Nicaragua est devenu une zone de silence médiatique quasi-total. La répression, les prisonniers politiques, l’impossibilité pour les journalistes d’accéder au pays et l’exil massif de l’opposition ont transformé ce pays, le deuxième plus pauvre des Amériques, en une sorte de Corée du Nord tropicale. Des correspondants ont tenté de rompre ce silence depuis le Costa Rica, où vivent plusieurs centaines de milliers de Nicaraguayens en exil.
Le 22 juin 2025, à San José, capitale du Costa Rica, se déroulent les funérailles de Roberto Samcam, ex-guérillero sandiniste devenu l’une des principales voix critiques du président nicaraguayen Daniel Ortega. Son cercueil est couvert de trois drapeaux : celui du Nicaragua, son pays natal ; de l’Espagne, qui lui a offert la nationalité après que Daniel Ortega l’a déchu de son passeport nicaraguayen ; et du Costa Rica, terre d’accueil de milliers de Nicaraguayens persécutés depuis l’insurrection contre le régime en 2018.
Roberto Samcam a été tué de huit balles à son domicile de San José par un homme qui s’était fait passer pour un livreur. Ce meurtre envoie un message glaçant aux exilés nicaraguayens : ils ne sont plus en sécurité nulle part. Le régime de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo, désormais officiellement co-présidents, pourchasse ses opposants au-delà des frontières.
Joao Maldonado, un jeune opposant ayant participé à l’insurrection de 2018, a survécu à deux tentatives d’assassinat, en 2021 et 2024, totalisant 13 balles reçues. Sa femme, blessée lors de la dernière attaque, est aujourd’hui en chaise roulante. Ironie tragique : le père de Joao, ancien compagnon d’armes d’Ortega, a également été emprisonné par le régime.
Joao vit actuellement dans un endroit tenu secret, sous haute protection. À une époque, Ortega était considéré comme un héros national, ayant risqué sa vie pour renverser une dynastie de dictateurs. Cependant, il a reproduit ce qu’il combattait : un pouvoir sans partage, exercé en famille, avec plusieurs de ses fils à des postes-clés. Les prisonniers politiques sont nombreux et l’entrée dans le pays demeure inaccessible aux journalistes étrangers.
Pour comprendre la situation, l’équipe du média indépendant Divergentes, en exil au Costa Rica, doit faire preuve de prudence et d’ingéniosité. Filmer, même avec un téléphone portable, est devenu un acte à haut risque. Les journalistes de l’équipe, qui compte 18 membres, ont vu leurs familles restées au pays menacées en raison d’informations publiées. Ainsi, la plupart des articles de Divergentes ne sont plus signés.
Alicia, responsable du département audiovisuel du média, vit depuis 2023 au Costa Rica, où sa famille est également exilée. Elle s’efforce de rassembler des photos et vidéos récentes du Nicaragua grâce à des contacts sur place, cherchant à démonter la propagande du régime. Les témoignages qu’elle recueille révèlent la douleur de nombreux Nicaraguayens qui souhaitent retrouver leur pays et y retourner sans craindre la répression.
Source : France 24