Au Myanmar, derrière les fusils, les travailleurs, par Stephen Campbell (Le Monde diplomatique, janvier 2025)

Aux racines de la guerre civile

Les groupes armés d’opposition ont désormais pris le contrôle de plus de la moitié du territoire du Myanmar. La junte, revenue au pouvoir par un coup d’État le 1er février 2021, fait face à des défaites, défections et désertions. Dans ce contexte, il est crucial de se pencher sur ceux qui s’opposent à elle, que ce soit dans les banlieues industrielles des grandes villes ou au sein des organisations de résistance.

Le 27 octobre 2024 a marqué le premier anniversaire de l’opération 1027, une offensive coordonnée menée par l’Alliance des trois fraternités (comprenant l’Armée d’Arakan, l’Armée de l’alliance démocratique nationale du Myanmar et l’Armée de libération nationale ta’ang) contre l’armée du Myanmar. Cette offensive a significativement modifié la dynamique des combats, mettant la junte dans une position difficile. Au cours des douze derniers mois, ces groupes de résistance ont pris le contrôle de vastes portions de territoire, incluant environ cinquante villes et plusieurs centaines de garnisons, causant la mort de milliers de soldats.

Cette situation a entraîné une intensification des bombardements aériens ciblant les populations civiles. En août 2024, l’Alliance des trois fraternités a réussi à s’emparer de Lashio, une ville du Nord-Est comptant près de 150 000 habitants. En réponse, le Conseil d’administration de l’État (CAE), désignant la junte, a soumis la ville à des bombardements intensifiés. Le 23 octobre, cette stratégie a été étendue aux villes voisines de Namhsan et de Nawnghkio. Dans ce cadre, les civils sont devenus des cibles explicites, servant à la fois de punition collective et de moyen pour priver les guérillas de leur soutien populaire. Malgré cela, la population continue de soutenir les rebelles, ce qui soulève des questions sur la détermination de ces derniers.

Le coup d’État de février 2021 a été motivé par la crainte de la junte de voir le processus de démocratisation, entamé en 2010, réduire son pouvoir. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui avait remporté les élections générales de 2020, a été déchue, déclenchant un soulèvement national. En réponse, la junte a mobilisé ses forces militaires et policières pour écraser les manifestations et arrêter les contestataires.

Source : Le Monde diplomatique, janvier 2025.

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