
Mimétisme : le piège des larves de coléoptère qui imitent l’odeur des fleurs
Un animal imitant une odeur de fleur… « À ma connaissance, c’est une première, relève Éric Darrouzet, entomologiste à l’université de Tours. On connaît de nombreux exemples de plantes qui leurrent des animaux en produisant des odeurs de phéromones sexuelles ou de nourriture. Mais un insecte qui sécrète des molécules classiquement produites par des plantes et reconnues par un autre insecte, c’est inédit ! » Les larves de coléoptères de la famille des Meloe attirent ainsi les abeilles, s’accrochant à elles pour pénétrer dans leurs nids et s’y nourrir de leurs œufs et de miel. Ryan Alam, chercheur à l’institut Max-Planck d’écologie chimique, et ses collègues révèlent que ce mécanisme d’attraction repose sur l’émission d’un bouquet de composés volatils ressemblant à l’odeur florale.
Ces insectes noirs aux reflets bleus, mesurant environ 3 centimètres de long, sont connus pour leur comportement parasitoïde. Au stade larvaire et nymphal, ils dépendent d’autres insectes, notamment des abeilles, pour se développer. La femelle pond ses œufs dans le sol. Une fois écloses, les larves gagnent les fleurs d’une plante. Certaines espèces, comme Meloe franciscanus, émettent les phéromones sexuelles d’une abeille solitaire femelle, attirant ainsi les mâles. D’autres, comme M. strigulosus, se positionnent sur les fleurs et attendent leur moyen de transport pour atteindre les ruches.
L’espèce M. proscarabaeus intrigue particulièrement en raison de son comportement atypique : les larves ne s’installent pas sur les fleurs, mais se regroupent en haut de tiges, formant des amas de couleur orange. Pour comprendre cette différence, les chercheurs se sont intéressés aux odeurs émises par ces larves. Après avoir collecté quarante adultes dans la région de Iéna, en Allemagne, et reconstitué leur écosystème, ils ont observé que les larves montaient au sommet des tiges, formant de gros agrégats orange. L’analyse des composants chimiques a révélé un mélange d’une trentaine de monoterpénoïdes, des composés rares chez les insectes, mais courants chez les plantes, connus pour attirer les pollinisateurs.
Les chercheurs ont testé l’effet de ces odeurs sur les abeilles à l’aide d’un olfactomètre. Les abeilles solitaires et sociales préféraient toutes les odeurs des larves, avec des résultats variables selon les molécules testées. Ryan Alam et ses collègues ont également identifié les voies biochimiques utilisées par les larves pour fabriquer ces molécules, suggérant que le processus utilise les mêmes types d’enzymes que celles des plantes pour produire le parfum de leurs fleurs.
Les larves, présentes au début du printemps avant l’épanouissement des vraies fleurs, bénéficient d’un avantage sélectif. La sélection naturelle a également favorisé la formation d’agrégats larvaires colorés, imitant des pièces florales. Divers mimétismes olfactifs sont déjà connus chez les insectes, mais comme ils sont plus difficiles à identifier que les mimétismes visuels, il pourrait en exister encore d’autres formes dans la nature.
Source : Pour la Science.



