Les déclarations de David Lisnard sur de supposés camps d’entraînement de « terroristes d’extrême gauche » dans le Limousin ne sont pas étayées par une procédure antiterroriste connue. Le parquet national antiterroriste (PNAT) indique n’avoir ouvert aucune procédure concernant de tels camps sur le plateau de Millevaches. Des sources sécuritaires reconnaissent un ancrage ancien de militants d’ultragauche dans la région, mais jugent que le terme de « camps de terroristes » va au-delà des éléments établis.

Des accusations formulées après les violences du 17 octobre

Le 19 octobre, sur TF1 puis LCI, David Lisnard a attribué à l’extrême gauche une part de responsabilité dans les violences survenues lors des mobilisations du 17 octobre. Le maire de Cannes, candidat à la présidentielle sous l’étiquette Nouvelle Énergie, a alors évoqué la présence de groupes dans la campagne limousine.
Sur RTL, il a décrit des militants qui, selon lui, seraient d’anciens zadistes de Notre-Dame-des-Landes, des membres de Black blocs ou des personnes venues de l’étranger. Il leur a prêté des entraînements à la guérilla urbaine et l’acquisition de matériel destiné, selon ses propos, à affronter les forces de l’ordre. Ces affirmations relèvent de ses déclarations ; les éléments rapportés par le PNAT ne confirment pas l’existence de camps d’entraînement terroristes.
Ce que disent les autorités judiciaires et sécuritaires
Interrogé par TF1info, le parquet national antiterroriste a indiqué n’avoir ouvert aucune procédure relative à des camps d’entraînement sur le plateau de Millevaches, territoire situé entre la Creuse, la Haute-Vienne et la Corrèze.
Des sources sécuritaires décrivent toutefois une présence historique de personnes se réclamant de l’ultragauche, avec des profils comparables à ceux rencontrés dans certaines zones à défendre. Elles distinguent cette réalité de l’accusation formulée par David Lisnard : selon elles, les éléments disponibles ne permettent pas de parler de camps terroristes.
Le maire de Cannes a laissé entendre que les services de renseignement et les autorités connaissaient l’existence de ces groupes et a dénoncé leur inaction. Sollicité par LCI pour préciser ses propos, il n’a pas souhaité apporter davantage d’explications. Le rappel du cadre légal est néanmoins important : si les préfectures avaient connaissance de faits tels que des achats de matériel lourd en vue d’actions violentes, elles devraient en aviser le procureur de la République, conformément à l’article 40 du code de procédure pénale.
Une implantation ancienne, mais des liens à établir
La présence de néoruraux dans le secteur remonterait, selon Christophe Bayle, maire de Tarnac, aux années 2005-2006. Il décrit des habitants installés à l’année, parfois en recherche d’autosuffisance et désireux de vivre en marge de l’État. Certains participeraient aussi à la vie politique locale. L’élu évoque des tensions lors de manifestations, tout en restant prudent sur l’existence de camps d’entraînement.
Il mentionne également une importante saisie de drogues, d’armes et de munitions à Eymoutiers, au début du printemps. Mais les informations rapportées sur cette affaire ne relient pas les trois hommes arrêtés à une mouvance d’ultragauche. Cette saisie ne permet donc pas, à elle seule, d’étayer les accusations visant le plateau.
Les propos de David Lisnard ont suscité des réactions d’élus locaux. Le député de la Haute-Vienne Damien Maudet a déclaré à Libération que les renseignements territoriaux ne lui avaient jamais signalé de tels camps. Jean-Baptiste Moreau, ancien député, a lui aussi exprimé des réserves sur leur existence, tout en avançant sa propre appréciation de l’implantation de l’ultragauche dans la région.
Le précédent de Tarnac et l’enquête à Limoges
Les débats autour de l’ultragauche dans le Limousin s’inscrivent dans une histoire plus longue. En 2008, après des interpellations à Tarnac, dix personnes avaient été poursuivies pour association de malfaiteurs à caractère terroriste. La qualification terroriste a ensuite été abandonnée par la juge d’instruction en 2015, puis définitivement écartée en 2017. À l’issue du procès, sept des huit prévenus ont été presque entièrement relaxés ; le dernier a été condamné à une peine avec sursis pour des faits distincts.
Enfin, l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges survenu le 17 octobre fait l’objet d’une enquête séparée. Au moment de la publication, le PNAT ne s’était pas saisi de ce dossier. Les enquêteurs cherchaient à déterminer si les dégradations avaient été concertées et organisées dans le but de semer la terreur. Cette question ne constitue pas, en elle-même, une preuve de l’existence de camps sur le plateau de Millevaches.
Source : TF1 INFO – L'info pour tous et pour chacun (www.tf1info.fr)
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