
À Londres, une unité de police dédiée à la protection de la communauté juive
La Metropolitan Police a annoncé, le 5 mai, la création d’une « Community Protection Unit » (Unité de protection communautaire), composée de cent agents spécifiquement affectés à la sécurité de la communauté juive de Londres. Sir Mark Rowley, commissaire de la police, a qualifié cette initiative d’« étape importante dans le renforcement de notre réponse aux menaces persistantes », même s’il avait précédemment demandé l’ajout d’au moins 300 agents supplémentaires.
Cette création marque un tournant significatif pour la plus grande force de police urbaine du Royaume-Uni, qui consacre pour la première fois une équipe permanente à la protection d’une communauté religieuse, suite à une série d’incidents criminels ciblant des synagogues. Parmi ces incidents, le 23 mars, quatre ambulances d’une organisation caritative juive ont été incendiées à Golders Green, un quartier au nord de Londres. Le 29 avril, deux hommes juifs ont été poignardés dans ce qui a été qualifié par la police d’acte de terrorisme. L’auteur présumé, Essa Suleiman, un Britannique de 45 ans d’origine somalienne, a été inculpé pour tentative de meurtre, et le niveau d’alerte terroriste national a été élevé à « sévère ».
Le groupe pro-iranien « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia », également connu sous l’acronyme Hayi, a revendiqué plusieurs de ces attaques. Les enquêteurs examinent la possibilité d’une campagne orchestrée depuis Téhéran, en lien avec une hausse continue des incidents antisémites au Royaume-Uni. Le Community Security Trust (CST), une organisation caritative créée en 1994 pour surveiller ces actes, a rapporté 3 700 incidents en 2025, un chiffre plus du double de celui de 2022.
La nouvelle unité fonctionnera dans le cadre légal habituel de la police britannique, s’appuyant sur une approche basée sur le renseignement et la coopération locale. Ses agents, selon la Metropolitan Police, seront « localement implantés, connaissant leurs quartiers, en lien avec les écoles, les responsables religieux et les bénévoles ». L’objectif est d’assurer une présence « visible, fondée sur le renseignement et coordonnée », pour établir un modèle durable jugé « bien plus efficace que des interventions d’urgence répétées ».
Cette initiative est en partie financée par une allocation de 18 millions de livres sterling (environ 20,8 millions d’euros) du gouvernement, dans le cadre d’un budget total de 25 millions de livres sterling (29 millions d’euros) destiné à la sécurité des communautés juives à travers le pays. Elle vient compléter les efforts du CST, qui mobilise de nombreux bénévoles et collabore avec la police depuis des décennies pour la sécurité des événements juifs.
L’annonce de cette unité survient dans un contexte politique tendu, à deux jours des élections locales du 7 mai 2026. L’antisémitisme est devenu un sujet central de la campagne électorale, et le Premier ministre Keir Starmer fait face à des critiques pour sa réaction jugée insuffisante face à la montée des violences. Sur le plan législatif, un projet de loi doit être présenté, conférant au ministre de l’Intérieur le pouvoir de classer certaines organisations comme des services de renseignement étrangers, y compris les Gardiens de la Révolution iraniens (IRGC). Les actions en faveur de ces groupes pourraient entraîner jusqu’à quatorze ans de prison.
Les procureurs d’Angleterre et du pays de Galles ont également reçu des instructions pour accélérer le traitement des crimes haineux, tandis que les universités sont sommées de « démontrer des actions » concrètes contre l’antisémitisme sur les campus, sous peine de perdre leurs financements publics.
Source : La Croix.





