Corse : aux racines de la violence politique des années FLNC

L’héritage du FLNC : 50 ans de violence politique en Corse

Il y a cinquante ans, le 5 mai 1976, naissait le Front de libération nationale de la Corse (FLNC). Comment expliquer l’irruption de violence politique qui a frappé l’île jusqu’aux années 2000 ?

À la fin du XIXe siècle, l’économie agricole de la Corse s’effondre, et l’île ne suit pas le mouvement de la révolution industrielle. Pour beaucoup, le départ vers les colonies devient une échappatoire à la misère. Durant l’entre-deux-guerres, environ 230 000 Corses ou leurs enfants sont établis ou en service en outre-mer. Pendant les années 1960, la Corse reste la grande oubliée des Trente Glorieuses. Cette situation engendre une contestation portée par de nouvelles générations qui dénoncent un clanisme sclérosant la vie politique. Les répercussions de l’indépendance algérienne et l’effondrement d’un empire colonial, qui permettait d’accéder aux emplois de la fonction publique, exacerbent ce mécontentement.

Déçue par l’absence de perspectives politiques, une partie de la jeunesse militante adopte progressivement la lutte armée comme mode d’action.

La fin de la guerre d’Algérie

En 1957, un plan d’action régional propose une stratégie de relèvement économique, reposant sur deux sociétés d’économie mixte, la société de mise en valeur de la Corse (Somivac) et la société d’équipement touristique de la Corse (Setco). En 1962, avec l’indépendance de l’Algérie, 17 500 rapatriés non corses s’installent sur l’île et bénéficient des aménagements de ces sociétés, laissant les Corses sur le côté. Les frustrations naissent avec l’arrivée de ces rapatriés, perçus comme des porteurs d’une certaine forme de modernité, tandis que les Corses se sentent dépossédés de leur propre développement.

En 1965, des attentats à l’explosif visent les « Pieds-noirs » et des complexes touristiques. Sur ce fond de sentiment de spoliation, des bases de revendication politique régionaliste se constituent, notamment avec la création en 1967 de l’Action régionaliste corse (ARC).

Aléria : un événement fondateur

Au début des années 1970, la Corse opère un passage du régionalisme à l’autonomisme. La période correspond au Riacquistu, une réappropriation de la langue, de la culture et de l’identité. En janvier 1973, l’« Appel de Castellare » marque l’acte de naissance du nationalisme corse, avec la création de mouvements clandestins comme le Fronte Paesanu Corsu di Liberazione (FPLC) et Ghjustizia Paolina.

La nuit du 3 au 4 janvier 1974 est marquée par une vague d’attentats, et le 22 mars, le groupe Ghjustizia Paolina fait exploser un avion à l’aéroport de Bastia-Poretta. L’année 1975 voit environ 226 attentats recensés.

En août 1975, des militants de l’ARC occupent une cave viticole à Aleria, mais l’opération se termine dans le sang, avec la mort de deux gendarmes. Cet événement marque le début d’une période de tensions politiques et de violences entre la Corse et l’État.

La création du FLNC

À la fin de l’année 1975, des discussions entre organisations clandestines mènent à la création du FLNC le 5 mai 1976. Sa naissance est suivie par une vague d’explosions dans les principales localités de l’île, mais aussi à Nice, Marseille et Paris. En 1976, plus de 300 attentats sont comptabilisés, atteignant jusqu’à 438 en 1980.

En mai 1977, le FLNC publie son Livre vert, présentant la Corse comme une colonie sous oppression. La violence s’intensifie, accompagnée de slogans tels que « I Francesi Fora » et « la valise ou le cercueil ». Cette radicalisation est alimentée par des facteurs socioéconomiques, dont la crise des années 1970.

Dérives et ambiguïtés de l’État

L’État adopte une stratégie ambivalente face à la montée de la violence. D’un côté, des opérations policières sont menées ; de l’autre, des groupes « contre-terroristes » comme Francia sont tolérés. Cette situation engendre une défiance au sein de la population, qui perçoit une justice à deux vitesses.

L’affaire Bastelica-Fesch en janvier 1980, marquée par des affrontements violents, entraîne la mort d’un CRS et de deux civils innocents. En 1981, la gestion judiciaire de l’affaire renforce le sentiment d’inégalité, les militants nationalistes étant lourdement condamnés, tandis que les responsables des violences antinationalistes bénéficient d’un traitement clément.

Triomphe du nationalisme

Dans les années 2000, le vote nationaliste progresse lors des scrutins électoraux. Cinquante ans après la naissance du FLNC, les autonomistes, prônant le rejet de la violence, prennent le dessus dans la vie politique insulaire. Les résultats électoraux de 2017 témoignent d’une « mainstreamisation » du vote nationaliste, capable d’attirer des citoyens de tous bords politiques. Lors des élections territoriales de juin 2021, Gilles Simeoni, président sortant, obtient la majorité absolue et choisit l’autonomie comme priorité politique.

Source : The Conversation

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