Nouvelle mise à jour d’une cartographie de l’extrême droite que nous publions régulièrement depuis 10 ans en collaboration avec le site antifasciste REFLEXes, et qui sera peut-être la dernière de notre part : l’atomisation du camp nationaliste, la faiblesse des structures collectives au détriment de la mise en avant d’individus nous obligent à repenser cet outil de compréhension de l’extrême droite. On s’en explique en comparant la première version du schéma à la situation actuelle, tout en vous proposant, comme à chaque fois, un descriptif détaillé de la carte. N’hésitez pas à proposer vos éventuelles corrections et ajouts dans les commentaires.

Nous n’avons pas la prétention de présenter ici l’extrême droite de façon exhaustive, qu’il s’agisse de ses représentant·es ou des liens qui pourraient les relier. L’idée est simplement de proposer de façon synthétique et visuelle quelques repères pour s’y retrouver, ce qui oblige fatalement à faire des choix et parfois aussi quelques simplifications. En complément, il nous a semblé utile, comme nous le faisons à chaque édition de la cartographie, d’apporter des compléments d’information sur les groupes cités.
Évolution et limite de la cartographie
Il y a 10 ans, quand nous avons collectivement travaillé sur la première version du schéma, nous faisions le constat que l’extrême droite française était certes morcelée, mais structurée autour d’un certain nombre de mouvements.

Le Front National (FN) version Marine Le Pen continuait de purger le mouvement des cadres historiques ou des militants non compatibles avec la nouvelle ligne (qui s’organisaient parfois à la marge du FN, comme la Nouvelle Droite populaire ou le Parti de la France) tandis que du côté des groupes extraparlementaires, les Identitaires avaient échoué à présenter un candidat à la présidentielle et à transformer durablement leur structure dans un mouvement capable de garder ses militant·es une fois rentré·es dans la vie active. Ils subissaient également la concurrence de Troisième Voie de Serge Ayoub, des Jeunesses Nationalistes d’Alexandre Gabriac ou encore du Renouveau français. C’était aussi l’époque où Égalité & Réconciliation servait de lieu de rencontre virtuelle à de nombreux militants d’extrême droite.
Comparée à celle d’aujourd’hui, la situation était finalement assez lisible. En effet, en 2022, nous faisons face à une forte atomisation de l’extrême droite française. Le Rassemblement national (ex FN) a abandonné toute velléité de maintenir une activité militante de terrain au profit d’une présence quasi-quotidienne sur les plateaux de télévision et les studios de radio. L’Action Française n’est réellement implantée que dans certaines villes et avec la dissolution de Génération Identitaire disparait la dernière structure qui pouvait revendiquer une petite dizaine de sections locales à travers la France. Les réseaux de soutien à Zemmour sont encore trop jeunes pour que l’on puisse évaluer leur capacité à rassembler durablement autour d’eux, et il n’est pas certain qu’ils survivront à la campagne électorale.
Ainsi, il n’existe plus réellement de structure nationaliste implantée au niveau national de façon conséquente, et on constate logiquement l’explosion du milieu nationaliste le plus radical en de multiples petits groupes affinitaires adoptant une culture stade sans pour autant s’affilier à un groupe politique identifié, et dont la violence est le plus souvent la seule forme d’expression politique (comme les Zouaves Paris), même si certains ont opté pour une implantation locale avec l’ouverture d’un lieu : les anciens du Bastion Social sont présents dans plusieurs villes, mais il n’existe aucun fonctionnement en réseau permettant d’affirmer qu’ils ont une dynamique nationale.
En parallèle, on assiste à une montée en puissance de l’importance des réseaux sociaux qui permettent à des individus isolés d’accéder à une visibilité inespérée tandis que les rédactions très à droite, voire d’extrême droite de certains titres de presse qui jusque-là ne dépassaient pas le cercle du lectorat d’extrême droite classique (Valeurs Actuelles, Causeur, L’Incorrect, Boulevard Voltaire…), on peut désormais voir leurs journalistes parader sur les plateaux de CNEWS, C8 voir BFM TV. Les youtubeurs masculinistes et autres influenceuses pro-Zemmour eux aussi se trouvent parfois invités par les médias et ils semblent parfois servir davantage de porte-parole aux idées d’extrême droite que les groupes militants. Cette survalorisation de la sphère virtuelle dans la stratégie de propagande du camp nationaliste est à double tranchant : si on peut y voir sans conteste une banalisation réussie des thématiques racistes et sexistes, elle révèle aussi en creux la difficulté de l’extrême droite à s’organiser concrètement sur le terrain.
Lire la suite sur La Horde
L’Extrême Droite : Un Puzzle en Panne
L’extrême droite française, autrefois structurée, se retrouve aujourd’hui en miettes, un véritable casse-tête où chaque pièce semble avoir décidé de jouer solo.
Il y a dix ans, nous avions lancé une cartographie de l’extrême droite en France, un outil qui, à l’époque, semblait prometteur. Mais aujourd’hui, face à l’atomisation du camp nationaliste, il est temps de se demander si cette carte n’est pas devenue un simple gribouillis sur un coin de table. En effet, alors que le Rassemblement National (ex-FN) préfère les plateaux télé aux réunions de militants, l’Action Française se débat pour exister dans quelques villes, et les Identitaires ont disparu, il devient urgent de repenser notre approche.
Ce qui se passe réellement
La dernière mise à jour de notre cartographie, réalisée en collaboration avec le site antifasciste REFLEXes, révèle une extrême droite française en pleine désintégration. Autrefois, des mouvements comme le FN, les Identitaires ou l’Action Française avaient une certaine cohérence. Aujourd’hui, on assiste à une fragmentation inquiétante. Les groupes se multiplient, mais ils peinent à s’organiser. Les réseaux sociaux, bien qu’ils offrent une visibilité inespérée à des individus isolés, ne remplacent pas une véritable structure militante.
Pourquoi cela dérange
Cette situation soulève des incohérences flagrantes. D’un côté, on voit des figures comme Marine Le Pen s’installer confortablement sur les plateaux de télévision, promettant un renouveau, tout en abandonnant le terrain militant. De l’autre, des groupes plus radicaux, tels que les Zouaves Paris, se contentent de la violence comme seule forme d’expression politique. Cette dichotomie entre discours et réalité est à la fois risible et tragique.
Ce que cela implique concrètement
La faiblesse des structures collectives et l’essor des individus sur les réseaux sociaux posent un problème : une extrême droite qui se banalise tout en perdant son efficacité. Les promesses de rassemblement et d’action se heurtent à la réalité d’une désorganisation croissante. Les groupes qui se veulent radicaux semblent plus préoccupés par leur image en ligne que par une véritable action sur le terrain.
Lecture satirique
Il est presque comique de voir ces figures de l’extrême droite, qui se présentent comme des sauveurs de la nation, se vautrer dans l’incohérence. Entre les promesses de renouveau et la réalité d’une présence médiatique omniprésente, mais d’une action militante absente, le décalage est saisissant. À ce rythme, ils pourraient bientôt se retrouver à faire campagne sur TikTok, en espérant que les likes remplacent les voix.
Effet miroir international
À l’étranger, des politiques autoritaires, comme celles de Trump aux États-Unis ou de Poutine en Russie, semblent également se nourrir de cette désorganisation. Leurs discours, tout aussi déconnectés de la réalité, trouvent écho dans le désespoir de populations en quête de réponses. La comparaison est pertinente : dans un monde où les extrêmes se cherchent, la France n’est pas en reste.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à une radicalisation encore plus grande des discours, mais aussi à une incapacité à se rassembler efficacement. Les promesses de renouveau pourraient se transformer en un cri de désespoir, alors que les groupes se battent pour exister dans un paysage politique de plus en plus fragmenté.
Sources




