Les écogestes : reprise en main de son quotidien ou dépolitisation de l’écologie ?

Les écogestes : reprise en main de son quotidien ou dépolitisation de l’écologie ?

Trier, économiser l’eau, adopter un régime végétal, réduire le chauffage… Pour de nombreux citoyens, ces actions quotidiennes sont perçues comme des gestes de soin. Fanny, par exemple, affirme que ces pratiques permettent de « prendre soin » et de participer à l’échelle individuelle sans prétendre à un changement global. Cependant, face à la crise écologique croissante, certains estiment que ces écogestes sont insuffisants. Ben, un autre témoin, les décrit comme « vider l’océan avec une cuillère trouée ».

Ces gestes sont souvent utilisés par l’État pour éviter des transformations structurelles. Enjoindre les citoyens à agir ne nécessite pas un investissement significatif. Cette approche détourne l’attention des véritables responsables du chaos climatique, individualisant ainsi la lutte pour l’environnement, comme le souligne Hugo, écologue.

Lobbies du pétrole et du plastique à la manœuvre

La nécessité de construire un rapport de force avec l’État se fait sentir. La promotion des écogestes est devenue centrale dans les politiques environnementales, reléguant les responsabilités des entreprises au second plan. La chercheuse Mélusine Boon-Falleur note que la psychologie humaine a tendance à privilégier l’individu, rendant ainsi plus facile la mise en œuvre de solutions politiques visibles mais peu efficaces. Camille Dormoy, sociologue, ajoute que cette approche est plus évaluable et moins complexe à administrer.

Cette dynamique profite aux élus cherchant des opportunités de communication, tout en préservant le statu quo climatique. Le concept d’empreinte carbone, par exemple, a émergé grâce au lobbying de British Petroleum au début des années 2000, déplaçant la responsabilité du changement climatique vers les consommateurs.

De même, le recyclage est largement promu par l’industrie du plastique, qui utilise la culpabilisation des usagers pour minimiser les changements structurels nécessaires. Bastien Faure, directeur de l’ONG Zero Waste France, observe que ce discours individualisant est largement relayé par les pouvoirs publics.

Une écologie de bobos

Le militant Clément Sénéchal critique l’émergence d’un « écocitoyennisme moral », où l’accent est mis sur la réforme individuelle plutôt que sur un changement systémique collectif. Cela dépolitise des gestes de soin, masquant les véritables coupables tout en promouvant une écologie qui ignore les contraintes économiques et sociales.

Les injonctions gouvernementales, comme la réduction du chauffage à 17 °C, peuvent être mal reçues dans certains quartiers populaires où les ménages n’ont pas la main sur le thermostat. La géographe Sarah-Maria Hammou souligne que ces directives peuvent sembler déconnectées de la réalité des populations concernées.

Valoriser les pratiques écologiques des classes populaires

Les approches centrées sur l’individu peuvent stigmatiser une partie de la population, alors que le problème est structurel. Les dispositifs basés sur le « nudge », qui visent à influencer le comportement individuel par des incitations, montrent leur efficacité limitée. Pour Sarah-Maria Hammou, il est essentiel de valoriser les pratiques écologiques des classes populaires, souvent invisibilisées.

L’élargissement de la palette des écogestes pour inclure des actions systémiques est également proposé. Laurence Veyne, directrice des programmes à Greenpeace, considère que ces gestes peuvent servir de point d’entrée pour politiser la question environnementale.

Sortir de la « religion des écogestes »

Agathe, une salariée du secteur énergétique, illustre cette dynamique en créant des composts de quartier et en collaborant avec ses collègues pour réduire les impacts environnementaux de leur entreprise. Cette approche est partagée par de nombreuses associations, telles que Zero Waste France, qui prônent une mobilisation citoyenne collective pour pointer la responsabilité des industries.

Les écogestes, bien que souvent perçus comme des actions individuelles, peuvent encourager un engagement collectif. Toutefois, leur promotion par les autorités doit être prudente afin de ne pas remplacer les politiques structurelles nécessaires.

Conclusion

L’impact des comportements individuels sur la réduction de l’empreinte carbone est estimé à environ 5 à 10 %, selon le cabinet Carbone 4. Bien que ce chiffre ne soit pas négligeable, il reste insuffisant face à l’ampleur des défis environnementaux.

Sources : Reporterre, Carbone 4.

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