La réponse capitaliste a échoué | L’économie par terre ou sur terre ? | Jean-Marie Harribey

La réponse capitaliste a échoué : L’économie par terre ou sur terre ?

Depuis plus de cinquante ans, le capitalisme mondial est confronté à un problème de valorisation du capital. Ce phénomène se manifeste par un affaiblissement continu des gains de productivité du travail, entraînant une croissance jugée insuffisante de la rentabilité moyenne. Cette situation résulte d’une double dégradation : d’une part, celle des conditions de travail, essentielles à la production de valeur, et d’autre part, celle des conditions d’accès aux ressources sur une planète dégradée.

En réponse à ces défis, le néolibéralisme a émergé dans les années 1970, promouvant la circulation sans entrave du capital et plaçant les États au service des marchés au détriment du travail. Cette approche a engendré une marchandisation des activités, privatisant des biens communs et sauvant les banques pour protéger leurs actifs.

La financiarisation de l’économie a été au cœur de cette réponse néolibérale, conduisant à plusieurs crises financières, notamment le krach boursier de 1987 et l’effondrement des subprimes en 2007. Ces crises ont souvent été causées par des marchés de la dette privée où les banques étaient fortement impliquées, forçant les banques centrales à adapter leur politique monétaire.

Parallèlement, le développement du « private credit », représentant la moitié des actifs financiers mondiaux, a élargi cette crise. Ce crédit, échappant à toute régulation, provient d’opérateurs privés et représente une épargne investie directement, notamment dans le secteur numérique. Les profits de ces entreprises proviennent davantage de la captation de rentes que de la production réelle.

Les incertitudes entourant les perspectives de la révolution numérique exacerbent la situation. Un défaut sur les dettes liées au « private credit » pourrait entraîner une crise de liquidité, avec des conséquences potentiellement graves pour l’économie.

Les conditions sociales et matérielles pour la création de valeur demeurent problématiques, avec peu de gains de productivité et une pression accrue sur les ressources, souvent exacerbée par des conflits et un déclin démocratique. En somme, la réponse du capitalisme à ses crises successives semble avoir échoué, soulevant des questions sur la capacité de la gauche à aborder ces enjeux.

Source : Jean-Marie Harribey

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