L’Asie centrale, nouveau carrefour énergétique face au blocus du détroit d’Ormuz

L’Asie centrale, nouveau carrefour énergétique face au blocus du détroit d’Ormuz

À mesure que l’incertitude grandit au Moyen-Orient, l’Asie centrale émerge comme une alternative énergétique pour l’Europe. Selon un rapport de Bloomberg, les raffineurs sont en quête désespérée de nouvelles réserves de brut depuis que le conflit américano-israélien a perturbé les exportations du golfe Arabo-persique.

Le Kazakhstan, principal producteur de la région, semble bénéficier de cette situation. Les flux de pétrole CPC Blend, un brut léger et pauvre en soufre, transitant par le pipeline KTK de la mer Caspienne jusqu’à la mer Noire, devraient atteindre environ 1,7 million de barils par jour le mois prochain. Ce chiffre marque une reprise significative, alors que les exportations étaient tombées sous le million de barils par jour en raison de frappes de drones contre le port russe de Novorossiïsk et d’interruptions sur le gisement de Tengiz.

Cependant, Askar Ismailov, expert en pétrolier et gazier kazakh, souligne que cette situation ne génère pas de bénéfices substantiels pour le Kazakhstan. Le pays fait face à des plafonds de production et à des goulets d’étranglement logistiques, limitant sa capacité à répondre à la demande croissante.

Des contraintes géographiques

Le Kazakhstan est également perçu comme un fournisseur alternatif pour le Japon et la Corée du Sud, qui cherchent du brut compatible avec leurs raffineries. Toutefois, la géographie complique les choses, en nécessitant des trajets longs et coûteux à travers la Caspienne et le Caucase. Une fois atteinte la mer Noire, une cargaison doit encore transiter par la Méditerranée, ce qui peut ajouter jusqu’à 55 jours supplémentaires de transport.

Malgré ces défis, la Corée du Sud a sécurisé 273 millions de barils de brut jusqu’à la fin de l’année, dont 18 millions proviennent du Kazakhstan, via des routes contournant le détroit d’Ormuz. Le chef de cabinet présidentiel sud-coréen a déclaré que cela contribue à la stabilité énergétique du pays, bien que la dépendance à Ormuz reste significative, représentant 61 % de ses importations l’an dernier.

Importance de la région

Sur le front gazier, le Turkménistan se positionne également comme un acteur clé. Le vice-Premier ministre chinois a récemment visité des sites gaziers turkmènes pour assister au lancement de la quatrième phase de production du gisement de Galkynysh. Alors que le détroit d’Ormuz demeure un point de tension, l’Asie centrale est de plus en plus cruciale pour la sécurité énergétique de la Chine, qui reçoit déjà 40 milliards de mètres cubes de gaz par an du Turkménistan et vise à porter ce volume à 65 milliards.

John Roberts, spécialiste de la sécurité énergétique, note qu’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz aurait des conséquences plus graves pour le gaz que pour le pétrole, en raison des exigences de continuité technique. Il suggère que le Turkménistan pourrait rediriger une partie de son gaz vers la mer Caspienne, puis vers le corridor gazier sud via l’Azerbaïdjan, ajoutant potentiellement 5 milliards de mètres cubes rapidement.

Source : Bloomberg, The Astana Times, The South China Morning Post, Reuters.

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