Des centres de données attirés par le froid et l’électricité bon marché
Ulaan Chab est devenue un pôle de calcul pour de grands groupes technologiques, dont Huawei, Alibaba, Kuaishou, Tencent, Baidu et ByteDance. Selon les chiffres rapportés par Courrier international, 89 accords liés à l’implantation de centres de données ont été signés dans la région. Fin 2025, 84 projets étaient recensés, représentant plus de 500 milliards de yuans d’investissements annoncés.
Le choix du site s’explique notamment par son climat : la température moyenne annuelle y est de 4,3 °C. Le froid permet de réduire le recours aux équipements de refroidissement et, selon les données citées dans l’enquête, de diminuer de 30 % l’électricité consacrée à évacuer la chaleur. Le prix local de l’électricité et l’espace disponible comptent également parmi les atouts avancés pour attirer les investisseurs.
Pour refroidir les serveurs, certaines installations utilisent l’évaporation : l’eau absorbe la chaleur avant de s’évaporer. Cette technique peut être moins coûteuse et réduire les besoins en électricité, mais elle accroît la consommation d’eau. À titre d’ordre de grandeur, un grand centre utilisant ce procédé peut consommer plusieurs millions de litres par jour en été. Ce chiffre ne correspond pas à une mesure de la consommation de chaque site d’Ulaan Chab.
Une région déjà confrontée au manque d’eau
La disponibilité de cette ressource est un enjeu local ancien. La source rappelle qu’une sécheresse printanière s’est produite en 2022, suivie cette année-là d’un épisode estival. En juin 2023, une grave sécheresse a perturbé l’approvisionnement en eau de centaines de milliers de têtes de bétail et près de 10 000 personnes ont été temporairement privées d’eau courante.
Les précipitations annuelles moyennes à Ulaan Chab sont inférieures à 400 millimètres, tandis que l’évaporation atteint 2 000 millimètres. Les eaux souterraines constituent la principale ressource disponible. La ville dispose de 484 mètres cubes d’eau par habitant, soit moins du quart de la moyenne nationale, selon les données citées dans l’enquête.
La pression sur les nappes se traduit aussi par des mesures visant les prélèvements. Dans le district de Shangdu, 2 008 puits munis de pompes électriques ont été condamnés depuis 2020, ce qui aurait évité de prélever environ 20 millions de mètres cubes d’eau souterraine par an.
Des données de consommation peu détaillées
Les chiffres publics ne permettent pas toujours de savoir quelle part de l’eau utilisée par les groupes provient de zones en stress hydrique. Le rapport ESG 2025 de Tencent, tel que présenté par Courrier international, indique une consommation totale supérieure à 12 millions de mètres cubes, sans ventilation géographique.
Kuaishou met en avant un indicateur d’efficacité énergétique inférieur à 1,2 pour son centre de données d’Ulaan Chab et l’utilisation de 93 % d’électricité verte. Le groupe mentionne aussi un bassin de récupération des eaux de pluie sur le site, mais les informations citées ne permettent pas d’évaluer précisément son effet sur la consommation totale.
Le rapport d’Alibaba fournit davantage d’éléments : son indicateur d’efficacité de l’utilisation de l’eau est donné à 1,799 litre par degré pour le refroidissement par évaporation, contre 0,205 pour le refroidissement par air. Ces données illustrent le compromis entre consommation d’électricité et consommation d’eau. Pour Huawei, implanté à Ulaan Chab dès 2013, l’enquête souligne l’absence de données publiques comparables sur l’eau.
Les autorités ciblent les prélèvements illégaux
En mars 2026, l’office de gestion de l’eau de Mongolie-Intérieure a lancé une campagne contre les prélèvements illégaux. En avril, des responsables locaux ont identifié les prises d’eau non autorisées par des entreprises industrielles et les nouveaux prélèvements dans les zones de surexploitation des nappes parmi les problèmes prioritaires. Des demandes de mise en conformité ont été envoyées à plusieurs contrevenants en juillet.
L’article 21 de la loi chinoise sur l’eau, cité dans l’enquête, donne la priorité aux besoins domestiques tout en prenant en compte ceux de l’agriculture, de l’industrie et de l’environnement. Dans les régions arides et semi-arides, il prévoit aussi de considérer les besoins des milieux naturels. À Ulaan Chab, la difficulté est de concilier ces principes avec l’expansion des infrastructures et la dépendance des éleveurs à l’eau des puits.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
Auteur : Zhuo Lu
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