La Belgique plaide pour une politique commerciale européenne plus ferme, sans fermeture aux échanges internationaux. Dans un entretien publié le 9 octobre, le vice-premier ministre David Clarinval défend une approche qu’il présente comme un équilibre entre protection des entreprises européennes et ouverture aux partenaires respectant les règles. Il souhaite aussi réduire l’enveloppe proposée pour le budget de l’Union européenne de 2028 à 2034.
Une réponse plus ferme à la concurrence commerciale
David Clarinval estime que les entreprises européennes sont confrontées à des pratiques commerciales qu’il juge inéquitables. Il affirme que la Chine soutient ses entreprises et son industrie trois à huit fois plus que les pays de l’OCDE, tandis que les États-Unis recourent à des droits de douane. Selon lui, ces politiques fragilisent la concurrence avec les entreprises européennes.
Le ministre belge relie cette pression à l’affaiblissement industriel du continent. Il avance que la part de l’industrie dans la valeur ajoutée européenne est passée de 20 % en 2000 à environ 13 % aujourd’hui, et évoque des entreprises qui quittent l’Europe ou font faillite. Pour inverser cette tendance, il défend une action européenne plus ambitieuse, tout en maintenant l’ouverture commerciale.
La Belgique soutient le renforcement des outils commerciaux de l’Union, notamment de son instrument anti-coercition, qui pourrait permettre des mesures ciblées contre des pratiques jugées déloyales. Elle se dit également favorable au principe du « Made with Europe » : l’ouverture des marchés publics aux entreprises de pays liés à l’UE par un accord de libre-échange ou une union douanière.
La ligne défendue par Clarinval n’est donc pas celle d’un protectionnisme général. Il souhaite que l’Europe puisse réagir plus rapidement et se montrer plus exigeante, tout en restant ouverte aux partenaires qui respectent les règles. Il résume cette orientation comme une voie pragmatique entre protectionnisme fermé et libéralisme excessivement naïf.
Le climat et la compétitivité au cœur du débat
Le ministre critique également la place accordée, selon lui, au Green Deal dans les politiques européennes. Il estime que des règles climatiques ambitieuses appliquées sans équivalent ailleurs peuvent pousser certaines entreprises à déplacer leur production. Dans ce cas, soutient-il, les émissions sont transférées hors d’Europe plutôt que réduites.
Cette analyse intervient alors que la mise en conformité à une réglementation européenne sur la surveillance des émissions de méthane des importateurs de pétrole et de gaz a été reportée d’un an. Le texte mentionne les inquiétudes de producteurs d’énergie, dont les États-Unis et le Qatar, sur les conséquences possibles de ces obligations pour leurs livraisons. Clarinval met pour sa part en avant la hausse des coûts énergétiques et les risques pour la production européenne.
Un futur budget européen jugé trop élevé
Le plan de relance post-Covid de l’UE arrive à son terme. Clarinval en tire un bilan globalement positif, estimant que l’emprunt commun a permis de soutenir l’activité et de financer des projets. Il pointe toutefois son coût pour les États, la lourdeur administrative et, dans le cas belge, la dispersion des fonds entre de nombreux petits projets.
Pour le budget européen 2028-2034, la Commission propose une enveloppe proche de 2 000 milliards d’euros, soit une hausse de 60 % par rapport au budget actuel, selon les éléments présentés dans l’entretien. La Belgique ne rejette pas toute augmentation, mais Clarinval demande de réduire la proposition initiale de 20 à 25 %. Il estime qu’en l’état, elle représenterait pour son pays entre un et deux milliards d’euros supplémentaires par an.
Bruxelles souhaite concentrer davantage les dépenses sur la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense. Clarinval demande en parallèle de réduire les moyens de la politique de cohésion, qui finance des projets destinés à limiter les écarts entre les régions européennes.
Des économies aussi à l’échelle belge
Le gouvernement fédéral belge s’est fixé un objectif d’économies de 10 milliards d’euros d’ici 2029 pour réduire le déficit public. Clarinval évoque une hausse des dépenses, notamment pour les pensions et la santé, et un déficit qui pourrait atteindre environ 4 % en 2029. Il affirme que 23 milliards d’euros d’économies ont déjà été réalisés en deux ans.
Au sein de la coalition, composée de cinq partis, les choix budgétaires ne font pas l’unanimité, indique-t-il. Le Mouvement Réformateur, dont il est membre, privilégie une baisse des dépenses et davantage de croissance plutôt qu’une hausse des impôts.
Source : Économie : info, vidéos, reportages et analyses – France 24 (www.france24.com)
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Auteur : Caroline DE CAMARET



