Des responsables de l’ancien pouvoir visés par des procédures
Deux anciens ministres du Fidesz, réélus députés, ont été placés en détention à la fin du mois de septembre après la levée de leur immunité parlementaire. Miklós Seszták, ancien ministre du Développement, est accusé d’avoir perçu près de 29,6 millions d’euros de pots-de-vin. Balázs Hankó, qui dirigeait le ministère de la Culture et de l’Innovation jusqu’en mai, est soupçonné d’avoir attribué 47,6 millions d’euros à des associations proches du Fidesz par l’intermédiaire du Fonds culturel national. Selon les éléments rapportés, ils encourent chacun cinq à dix ans de prison.
Mi-septembre, le parquet avait aussi engagé des poursuites contre l’entrepreneur Dániel Jellinek et Norbert Szivek, ancien dirigeant de la Société nationale de gestion des actifs hongrois. Ils sont soupçonnés d’avoir accepté des pots-de-vin liés à l’achat d’autobus par l’entreprise publique Volánbusz. Ces accusations ne constituent pas des condamnations.
Le nouveau gouvernement entend également examiner les marchés publics et les biens acquis par des proches de l’ancien pouvoir. Le 7 octobre, l’homme d’affaires Lőrinc Mészáros, ami d’enfance de Viktor Orbán et bénéficiaire de nombreux contrats publics sous son gouvernement, a annoncé qu’il renonçait aux concessions autoroutières qui lui avaient été accordées jusqu’en 2057. Leur valeur est estimée dans le texte à 23 000 milliards de forints, soit 62 milliards d’euros.
Un nouvel office chargé de retrouver les biens publics
Le Parlement a créé l’Office national de recouvrement et de protection des biens (NVVH), présidé depuis le 1er septembre par la politiste Anna Unger. L’organisme doit rechercher les biens publics détournés et identifier les agents publics susceptibles d’avoir facilité ces opérations. Ses enquêteurs peuvent consulter des documents financiers et administratifs auparavant confidentiels. Quatre enquêtes auraient déjà été ouvertes, dont une portant sur le frère de Viktor Orbán et des soupçons de trafic d’influence.
La Hongrie a par ailleurs rejoint le Parquet européen le 10 juillet. Cette participation ouvre la voie à une coopération avec l’institution européenne chargée des enquêtes sur les infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union.
Le Parlement a aussi adopté, le 13 juillet, un 17ᵉ amendement à la Loi fondamentale. Selon les dispositions décrites, le mandat de quatre juges constitutionnels nommés sous Viktor Orbán est raccourci, la durée cumulée des fonctions de Premier ministre est plafonnée à huit ans et celle des députés à douze ans. Ces limites s’appliquent rétroactivement. La rémunération des parlementaires a également été réduite.
Des réformes qui prennent du temps
Les enquêtes sur les contrats publics passés sous les précédents gouvernements pourraient être longues, a prévenu Anna Unger, selon le récit publié. Péter Magyar estime que la corruption et le détournement de fonds publics représentent au total 8 à 10 % du produit intérieur brut hongrois. Il s’agit de son estimation, et non d’un bilan judiciaire établi.
La Commission européenne a, de son côté, proposé le 23 septembre au Conseil de l’Union européenne de lever des mesures qui bloquaient 4,2 milliards d’euros de fonds de cohésion et de rétablir l’accès complet à Erasmus+ et à Horizon Europe pour les étudiants et chercheurs hongrois. À cette date, la proposition devait encore être examinée par le Conseil : les fonds ne pouvaient donc pas être présentés comme déjà débloqués. Dix milliards d’euros supplémentaires du plan de relance restaient également à l’évaluation de Bruxelles. ([audiovisual.ec.europa.eu](https://audiovisual.ec.europa.eu/en/media/video/I-294546?utm_source=openai))
Sur le terrain culturel et universitaire, le gouvernement a ordonné l’arrêt des activités du Mathias Corvinus Collegium (MCC) au 31 juillet et prévoit que ses actifs reviennent à l’État. Le centre, financé notamment par une participation de 10 % dans le groupe énergétique MOL, était dirigé par des proches du Fidesz. Le pouvoir de Péter Magyar a aussi abrogé la loi dite de « protection de l’enfance », qui associait homosexualité et pédocriminalité. Une réforme des règles d’adoption par les couples homosexuels est annoncée, mais n’est pas encore présentée comme adoptée.
La rupture politique sous surveillance
La méthode de Péter Magyar suscite aussi des critiques. Le chercheur Péter Eszter estime que le Premier ministre, malgré sa promesse de rupture avec l’ère Orbán, reste conservateur et gouverne de manière autoritaire grâce à sa large majorité. Cette analyse souligne un enjeu central de la transition : démanteler les pratiques de l’ancien pouvoir sans concentrer à nouveau les décisions entre les mains d’un seul camp.
Source : Alternatives économiques (www.alternatives-economiques.fr)
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Auteur : Daniel Psenny



