
La position délicate de la Turquie face à la guerre en Iran
Pour la Turquie, la République islamique d’Iran représente à la fois un rival en matière de suprématie régionale et un modèle idéologique distinct. Téhéran est un fournisseur d’énergie crucial et un partenaire dans la répression des combattants kurdes. Bien qu’Ankara ait appris à s’accommoder de ce voisin complexe, une éventuelle chute du régime iranien pourrait entraîner un afflux de réfugiés en Turquie. En plus de condamner la guerre, notamment en raison de la participation d’Israël, le gouvernement d’Erdogan cherche à jouer les médiateurs pour éviter une déstabilisation majeure au Proche-Orient.
Les relations entre l’Iran et la Turquie sont marquées par un équilibre des puissances établi au fil des siècles. Le traité de Zuhab, signé en 1639, a mis fin à près de 150 ans de conflits entre l’Empire ottoman et l’Empire safavide. Cet accord a fixé une frontière qui, bien que contestée, a souvent été rétablie après divers conflits. Cette dynamique a favorisé une culture diplomatique de coexistence contrainte, expliquant la prudence de la Turquie face à la guerre initiée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, débutée le 28 février 2026.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Turquie et l’Iran étaient des partenaires au sein du Pacte de Bagdad (1955). Cependant, cette alliance s’est effondrée après la révolution islamique de 1979. Malgré des divergences idéologiques, un pragmatisme a émergé, basé sur l’interdépendance économique. L’Iran, troisième fournisseur de gaz d’Ankara, est devenu un débouché économique majeur pour la Turquie durant la guerre Iran-Irak.
D’autre part, l’Iran, bien que soutenu par la Russie et la Chine, reste isolé à cause des sanctions américaines. La Turquie, membre de l’OTAN, bénéficie d’une position géopolitique qui lui permet d’offrir à l’Iran une forme de désenclavement. De plus, les deux pays partagent une approche répressive face aux aspirations kurdes, représentant une part significative de leur population.
La méfiance envers Israël est un autre élément clé des relations turco-iraniennes. La Turquie craint que la victoire d’Israël en Iran ne crée un précédent dangereux, potentiellement menaçant sa propre stabilité. La Turquie a déjà militarisé sa frontière avec l’Iran pour prévenir un afflux de réfugiés.
Dans ce contexte, Ankara s’efforce de maintenir un équilibre des puissances, cherchant à jouer un rôle de médiateur dans le conflit, tout en consolidant ses relations avec les États-Unis. La Turquie a été le seul pays de l’OTAN à dénoncer clairement les actions israélo-américaines.
Source : La position délicate de la Turquie face à la guerre en Iran.



