Les répercussions économiques d’événements climatiques tels qu’El Niño et La Niña sont souvent au cœur des préoccupations des économistes. Si El Niño attire l’attention en raison de sa phase chaude et de ses effets dévastateurs, une étude récente suggère que La Niña, la phase froide du cycle climatique ENSO, pourrait avoir des conséquences économiques encore plus préoccupantes et moins médiatisées.

El Niño et La Niña : un cycle climatique complexe

Le phénomène El Niño est bien connu pour provoquer des perturbations climatiques à l’échelle mondiale, notamment des inondations en Amérique du Sud et des sécheresses en Australie et en Indonésie. Mais La Niña, qui inverse les effets d’El Niño, entraîne également des conséquences significatives, notamment en renforçant les conditions climatiques extrêmes dans certaines régions.
Gilles Dufrénot, William Ginn et Marc Pourroy, économistes ayant analysé les effets des deux phases de l’ENSO sur l’économie mondiale, indiquent que La Niña peut engendrer des hausses des prix alimentaires en raison de la réduction des rendements dans des régions clés productrices de denrées comme le maïs et le soja. Leurs conclusions remettent en question l’idée reçue selon laquelle seul El Niño constitue une menace majeure pour l’économie, mettant en lumière les défis que représente La Niña.
Contexte et prévisions climatiques
Dans les mois précédant l’hiver 2023, l’agence météorologique américaine NOAA a observé une élévation anormale des températures de l’eau dans l’océan Pacifique, annonçant un épisode d’El Niño potentiellement très fort, avec des impacts économiques prévus pouvant atteindre 3 000 milliards de dollars d’ici 2029, selon des estimations de l’université de Dartmouth.
En revanche, l’étude récente met en avant que l’impact de La Niña pourrait être insidieux, se traduisant moins par des pertes de production immédiates que par une flambée des prix sur les marchés alimentaires mondiaux. En induisant des conditions climatiques défavorables dans des zones stratégiques pour l’agriculture, La Niña engendre des pénuries qui affectent non seulement les pays touchés, mais aussi ceux qui sont éloignés géographiquement.
Les effets sur l’économie mondiale
La recherche indique que l’effet de La Niña pourrait se concentrer sur la hausse des prix des denrées alimentaires plutôt que sur la production. Avec les inondations influençant les récoltes en Argentine, au Brésil et dans les plaines américaines, les céréales deviennent rares sur les marchés mondiaux, entraînant une hausse des prix qui touche directement les consommateurs, même ceux résidant dans des régions épargnées par les intempéries.
Cette dynamique illustre le déséquilibre entre les pays en termes de résilience face aux aléas climatiques. Alors que certaines grandes économies comme les États-Unis pourraient bénéficier de conditions plus favorables ces années-là, d’autres, plus vulnérables, doivent faire face à des conséquences économiques désastreuses sous-estimées par les analyses traditionnelles.
Se préparer à l’évolution des cycles climatiques
La compréhension des phénomènes ENSO s’avère cruciale alors que les économistes constatent un lien étroit entre leurs variations et les fluctuations de l’inflation. Les chercheurs préconisent une approche stratégique qui va au-delà de la gestion des crises, suggérant que les économies doivent développer des mécanismes de résilience à long terme. Dufrénot souligne l’importance d’anticiper et de se préparer à des cycles climatiques répétitifs, qui pourraient se manifester sous différentes formes à l’avenir.
Pour combattre l’impact négatif de La Niña sur les prix alimentaires, les experts suggèrent de créer des stocks de céréales dans les régions non affectées pour atténuer les pénuries. Cela pourrait faire écho à ce que certains économistes désignent désormais comme « l’inflation climatique », soulignant à quel point les événements climatiques peuvent influencer les prix au consommateur.
Source : CNRS Le journal (lejournal.cnrs.fr)
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