Kabylie : les indépendants, entre renouveau citoyen et symptôme d’un champ politique en ruines

À l’approche des législatives du 2 juillet, la Kabylie est le théâtre d’une recomposition politique majeure. La prolifération des listes indépendantes n’est plus seulement un défi électoral pour le FFS et le RCD, désormais contestés jusque dans leurs bastions traditionnels.

L’émergence de listes en dehors du cadre partisan soulève un débat sur la nature de la représentation politique dans la région. Contrairement aux partis proches du pouvoir, comme le FLN et le RND, qui profitent des faiblesses des partis d’opposition pour renforcer leur implantation, les nouvelles candidatures indépendantes interrogent la structure même du paysage politique kabyle.

Cette effervescence met en lumière deux visions opposées. D’un côté, les défenseurs d’une structuration partisane dénoncent une errance politique. De l’autre, des figures émergentes et des citoyens désabusés voient l’indépendance comme une alternative nécessaire face à des appareils jugés sclérosés.

Les partis historiques estiment que la multiplication des candidatures indépendantes témoigne d’une démission face à l’effort démocratique. Des militants comme Rachid soulignent que la force d’un parti comme le FFS repose sur un « projet sociétal » qui transcende les ambitions individuelles. Au sein de ces partis, on considère que le rôle d’un député ne peut se réduire à celui d’un « électron libre » et nécessite une « ingénierie politique » que seules des structures organisées peuvent garantir.

Les interrogations sur l’avenir des élus indépendants sont également nombreuses. Des voix comme celle de Khelifa s’interrogent sur leur alignement à l’APN, en faisant référence à des élus indépendants dont la voix est jugée inaudible. Certains craignent que le rejet des partis traditionnels ne pousse certains candidats vers des alliances avec des courants conservateurs ou islamistes, ce qui pourrait servir les intérêts du pouvoir central.

Les candidats indépendants, quant à eux, défendent leur émergence comme une nécessité face à l’incapacité des partis à se réformer. Hakim Saheb, avocat et ancien député, rejette l’idée d’un émiettement volontaire, affirmant que des tentatives de convergence ont échoué à cause de l’absence d’ouverture des appareils partisans.

Pour des observateurs, comme Aghiles ou Massinissa, le discours sur la « cohérence partisane » masque une difficulté à se renouveler, et le pluralisme pourrait revitaliser la démocratie. La montée des indépendants révèle également un décalage entre les partis et les réalités sociales, ce qui pourrait être interprété comme un signe de fragilité politique.

L’analyste Samir Bouakouir considère que la prolifération des candidatures indépendantes ne reflète pas une vitalité démocratique, mais plutôt un « champ politique en ruines ». Selon lui, le véritable enjeu des législatives ne réside pas dans les programmes, mais dans la participation électorale.

Le FFS et le RCD se trouvent à un tournant, devant choisir entre une refondation ou un risque de banalisation. En dénonçant l’opportunisme des indépendants, les partis évitent souvent d’examiner leur propre verrouillage interne.

Le scrutin du 2 juillet prochain sera déterminant pour mesurer les attentes des citoyens kabyles envers leurs représentants : la continuité des structures historiques ou l’émergence de nouvelles compétences citoyennes.

Source : Samia Naït Iqbal

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