Imposer une IVG à sa compagne, une forme méconnue de violence conjugale
Imposer à une partenaire de poursuivre une grossesse ou, au contraire, de l’interrompre peut relever de la coercition reproductive. Dans une tribune publiée le 28 septembre 2026, la juriste Yvonne Muller et l’anthropologue Romina de Novellis décrivent ces pressions comme une atteinte à l’autonomie et au consentement. En France, l’ampleur du phénomène reste difficile à mer : les données québécoises souvent citées ne représentent pas la population française.
Des pressions qui peuvent prendre plusieurs formes
La coercition reproductive désigne des comportements qui entravent les décisions d’une personne concernant la contraception, une grossesse ou son issue. Elle peut notamment consister à saboter un moyen contraceptif, empêcher l’accès à la contraception, exercer des pressions pour provoquer ou poursuivre une grossesse, ou contraindre une partenaire à avorter.
Ces actes peuvent s’inscrire dans un ensemble plus large de comportements de contrôle au sein du couple : menaces, harcèlement, chantage affectif ou isolement. Les autrices de la tribune soulignent que la domination peut être psychologique et quotidienne, sans nécessairement s’accompagner de violences physiques visibles. Cela ne signifie pas que chaque conflit ou désaccord autour d’une grossesse constitue, à lui seul, une violence : le contexte et les faits doivent être examinés.
Ce que montre l’étude canadienne — et ses limites
Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique PLOS ONE a interrogé en ligne 427 personnes recrutées au Québec et en Ontario. Parmi elles, 63,9 % ont déclaré avoir subi au moins une forme de coercition reproductive au cours de leur vie. L’échantillon était composé majoritairement de femmes, mais incluait aussi d’autres personnes susceptibles d’être enceintes. Les participantes et participants ont été recrutés par différents réseaux, notamment sur les réseaux sociaux et par l’intermédiaire de services de santé et d’associations. Ce résultat décrit donc cet échantillon : il ne constitue pas une estimation de la fréquence du phénomène dans l’ensemble de la population canadienne, ni en France. (journals.plos.org)
La tribune indique qu’aucune évaluation nationale du phénomène n’existe en France. Il faut donc éviter de transposer le chiffre canadien à la population française. L’absence d’estimation ne signifie pas que ces situations n’existent pas, mais elle limite la connaissance de leur fréquence et de leurs formes.
Consentement sexuel et choix reproductif : deux questions à distinguer
Depuis le 8 novembre 2025, le Code pénal français précise que le consentement à un acte sexuel doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable, et qu’il s’apprécie au regard des circonstances. Cette disposition concerne les actes sexuels. Elle ne crée pas, à elle seule, une infraction autonome de coercition reproductive : la qualification juridique dépend des faits et des textes applicables. (legifrance.gouv.fr)
La réflexion proposée par les autrices porte sur une question connexe : peut-on parler de choix libre lorsque la décision relative à une contraception, une grossesse ou une IVG est prise sous la menace, le harcèlement ou la peur d’être abandonnée ? Elles plaident pour une meilleure reconnaissance de ces contraintes. Cette position est celle des signataires de la tribune ; elle ne doit pas être confondue avec une règle de droit déjà établie pour toutes les situations décrites.
Où demander de l’aide
Une personne confrontée à des violences ou à des pressions peut appeler le 3919, service national d’écoute et d’orientation destiné aux femmes victimes de violences. En cas de danger immédiat, les numéros d’urgence sont le 17 ou le 112. Ces ressources sont indiquées par Service-Public.fr. (service-public.fr)
Source : Le Nouvel Obs – Droits des femmes
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