Hydrogène : l’Algérie au deuxième rang des marchés africains, selon l’AIE
Hydrogène : l’Algérie au deuxième rang africain, mais le podium n’est pas un label vert
Le fait principal
L’Algérie représente 20 % de la demande africaine d’hydrogène, derrière l’Égypte et devant le Nigeria. Ce classement figure dans le Global Hydrogen Review 2026 de l’Agence internationale de l’énergie, ou AIE. Il me un poids industriel, pas une performance écologique. La nuance change tout. (iea.org)
Car l’hydrogène consommé en Afrique reste très largement produit à partir de gaz naturel. Être un grand marché de l’hydrogène ne signifie donc pas être déjà un champion des énergies propres. La transition ne se décrète pas à coups de podiums. (iea.org)
Ce qui s’est passé
Le 18 septembre 2026, Algérie360 a relayé cette deuxième place en l’associant aux ambitions énergétiques algériennes. Le rapport de référence de l’AIE a toutefois été publié le 18 juin 2026 : il ne s’agit pas d’un nouveau classement annoncé en septembre. (algerie360.com)
La reprise contient surtout une incohérence : elle rapproche 20 % d’une demande continentale de 3 millions de tonnes et d’un volume algérien d’environ 260 000 tonnes. Or, 20 % de 3 millions représentent 600 000 tonnes, pas 260 000. Ces chiffres ne peuvent pas décrire le même ensemble. L’AIE indique, elle, une consommation africaine de 3,1 millions de tonnes en 2024. (algerie360.com)
L’ambition d’exportation est, en revanche, documentée. Le 26 juin 2025, Sofiane Dekkiche, alors présenté comme directeur de l’Exploration au ministère algérien de l’Énergie, a annoncé un objectif d’un million de tonnes par an à l’horizon 2040, avec un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Une annonce stratégique ne constitue cependant pas un bilan de dépenses réalisées. (news.radioalgerie.dz)
Le contexte
En Afrique, près des trois quarts de la demande d’hydrogène servent à fabriquer de l’ammoniac, notamment utilisé dans les engrais. Le sujet touche donc autant à l’industrie et à l’agriculture qu’à l’énergie. (iea.org)
Pour l’Algérie, développer une production renouvelable pourrait ouvrir de nouveaux débouchés. En face, l’Union européenne a fixé, dans son plan REPowerEU de 2022, l’objectif de produire 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable et d’en importer autant en 2030. Mais un objectif européen n’est pas un carnet de commandes garanti pour Alger. (energy.ec.europa.eu)
L’AIE souligne d’ailleurs les obstacles mondiaux : coûts élevés, incertitude de la demande, infrastructures insuffisantes et lenteur des politiques publiques. Les perspectives existent. Les contrats, les financements et les installations doivent encore suivre. (iea.org)
Les chiffres à retenir
- 20 % : la part algérienne de la demande africaine, selon l’AIE. (iea.org)
- Un million de tonnes par an en 2040 et 25 milliards de dollars : l’objectif d’exportation et l’investissement estimé annoncés par le responsable ministériel en juin 2025. (news.radioalgerie.dz)
- 6 000 tonnes : la production africaine d’hydrogène à faibles émissions recensée par l’AIE. Sur 31 projets annoncés à l’horizon 2030, un seul avait atteint la décision finale d’investissement au moment du rapport. (iea.org)
- Consommation multipliée par quatre et gaz inférieur à un dollar par million de BTU : ces indications figurent dans l’article d’Algérie360, mais leur période précise et leur périmètre tarifaire n’ont pas pu être corroborés dans les sources officielles consultées. Elles ne sont donc pas présentées ici comme des données établies. (algerie360.com)
- Plus de 240 milliards de dollars, plus de 400 milliards d’ici la fin de la décennie et près de 40 % de croissance annuelle composée : les estimations de marché reprises par Algérie360 ne sont accompagnées d’aucune étude identifiable dans l’article. Leur origine et leur méthodologie restent à vérifier. (algerie360.com)
Ce que cela révèle
Le vrai enjeu dépasse la conquête du marché européen. À l’échelle africaine, plus de 80 % des capacités annoncées de production d’ammoniac sont destinées à l’exportation, relève l’AIE. L’agence appelle à mieux équilibrer débouchés extérieurs et besoins intérieurs. (iea.org)
Cette tension pose une question politique : la filière servira-t-elle aussi le développement industriel local, l’accès aux engrais et les besoins des populations ? L’AIE recommande précisément d’articuler les projets d’hydrogène avec la planification électrique et les objectifs de développement, plutôt que de les concevoir isolément. (iea.org)
Exporter peut être une opportunité. En faire l’unique boussole serait un choix politique, pas une fatalité technique. Et repeindre un marché industriel en vert ne suffit pas à en réduire les émissions.
Ce qu’il faut retenir
L’Algérie occupe bien une place majeure dans la consommation africaine d’hydrogène. Mais ce classement ne prouve ni une transition accomplie ni la réalisation des investissements annoncés. Le potentiel mérite mieux qu’un récit triomphal : des chiffres cohérents, des projets financés et des bénéfices locaux démontrés. (iea.org)
