Guerre en Iran : « Il pleut du pétrole », Téhéran suffoque après les bombardements

Guerre en Iran : « Il pleut du pétrole », Téhéran suffoque après les bombardements

Des airs de fin du monde. Une épaisse fumée noire plane au-dessus de Téhéran depuis que des frappes israéliennes ont visé, en fin de semaine, plusieurs dépôts de carburant. Israël affirme avoir ciblé « plusieurs complexes de stockage appartenant aux Gardiens de la révolution ». Au total, cinq sites pétroliers de la capitale iranienne ont été touchés, dont quatre dépôts, dans le cadre d’une opération conjointe menée par l’État hébreu et les États-Unis contre l’Iran. Au moins six personnes ont été tuées et une vingtaine d’autres blessées.

L’attaque a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux. Après les frappes, d’importants incendies se sont déclarés, enveloppant la ville d’un nuage de fumée toxique. Une vidéo vérifiée par la BBC montre un trottoir en flammes dans la capitale iranienne, formant une véritable « rivière de feu » près d’un dépôt pétrolier touché.

Pire encore : « Le ciel est très sombre… La pluie semble être saturée de pétrole », s’alarme sur place un journaliste de CNN. « La pluie est noire, je n’en crois pas mes yeux », confirme Kianoosh, ingénieur de 44 ans et habitant de la ville, interrogé par le magazine Time. « Elle tombe même à Tajrish, à des kilomètres des réservoirs de pétrole. »

Alerte sur des pluies potentiellement « très dangereuses et acides »

Maux de tête, difficultés respiratoires… Plusieurs habitants de cette mégalopole de près de 10 millions d’âmes se sont plaints d’effets physiques immédiats. Negin (dont le prénom a été changé) témoigne : « J’ai un essoufflement sévère et des brûlures dans les yeux et la gorge, et beaucoup ressentent la même chose ». D’autres évoquent une peau irritée et douloureuse, ou encore l’odeur persistante du pétrole brûlé.

Dimanche, l’agence iranienne de protection de l’environnement a recommandé à la population de ne pas sortir. Le gouverneur de Téhéran a également préconisé le port du masque. Le Croissant-Rouge iranien met en garde contre ces précipitations potentiellement « très dangereuses et acides », susceptibles de provoquer « des brûlures chimiques de la peau et de graves lésions pulmonaires ». Les panaches de fumée contiennent divers polluants : hydrocarbures, carbone noir, résidus de métaux lourds, dioxyde de soufre et oxydes d’azote.

Risque sanitaire et menace pour l’environnement

Lorsque l’air est fortement chargé en particules polluantes, celles-ci se fixent aux gouttes de pluie, qui retombent ensuite sur les sols et les infrastructures. « C’est comme si toutes les voitures et les trottoirs étaient recouverts de peinture noire », raconte Leïla, une autre habitante interrogée par Time.

Sur le long terme, le risque sanitaire est important. Ces particules ultrafines, qui pénètrent facilement dans l’organisme, peuvent aggraver l’asthme, favoriser les troubles pulmonaires et neurologiques, et augmenter le risque de certains cancers. L’environnement est également menacé : les composés soufrés peuvent persister dans les sols et se transférer vers les cours d’eau, affectant la vie aquatique et les sources d’eau potable.

Le nuage toxique pourrait dériver vers l’Asie

Les conséquences pourraient dépasser largement la capitale iranienne. Déjà présent dans les régions voisines, le nuage toxique pourrait, selon plusieurs experts, dériver vers le nord-est au-dessus de l’Asie centrale, avant de poursuivre sa route vers l’ouest de la Chine.

Un phénomène comparable avait déjà été observé pendant la guerre en Irak, lorsque des puits de pétrole avaient été incendiés. Des infrastructures avaient aussi été visées lors du précédent affrontement entre Israël, les États-Unis et l’Iran en juin 2025. Mais il s’agit cette fois de l’attaque la plus importante contre des infrastructures industrielles civiles iraniennes depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février.

Selon le dirigeant de la compagnie nationale, l’Iran disposerait néanmoins de réserves « suffisantes » de carburant réparties dans différents dépôts à travers le pays. Le gouverneur de Téhéran a toutefois annoncé une réduction de la ration quotidienne de carburant, passant de 30 à 20 litres par habitant.

Source : La Croix

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