Gaspard Gantzer : « Faire de la politique, c’est pas seulement parier, mais anticiper »

Faire de la politique, c’est pas seulement parier, mais anticiper

Gannon Ken Van Dyke, un soldat américain, a été suspendu après avoir utilisé des informations confidentielles pour parier sur une intervention des États-Unis au Venezuela sur le site Polymarket. Simultanément, le président des États-Unis a exprimé sa préoccupation en déclarant : « Le monde entier, malheureusement, est devenu une espèce de casino… en Europe et partout ailleurs, ils font ce genre de paris. »

Ce constat souligne une tendance croissante où le pari devient une norme dans un contexte politique et médiatique en mutation. L’incertitude globale, exacerbée depuis la fin de la guerre froide, a modifié les repères traditionnels, rendant la politique de plus en plus imprévisible.

Depuis la fin de la guerre froide, la logique des blocs a disparu sans être remplacée par un ordre stable, et l’unipolarité s’est dissipée. Cette imprévisibilité est accentuée par des dynamiques politiques nationales de plus en plus difficiles à anticiper, avec un duopole droite-gauche qui s’est effondré.

Le sociologue Max Weber soulignait déjà que l’action politique engage une responsabilité dans un univers de conséquences incertaines. Dans ce cadre, le recours au pari peut sembler une approche rationnelle pour appréhender l’incertitude, en misant sur une pluralité de scénarios.

Les acteurs politiques doivent donc naviguer entre l’urgence des enjeux présents et la nécessité d’une vision à long terme. Les think tanks élaborent des scénarios prospectifs pour orienter les décisions politiques. Des initiatives comme la Red Team du ministère des Armées, où des auteurs de science-fiction imaginent les menaces futures, sont des exemples de préparation face à l’incertitude.

Cependant, ces outils doivent être utilisés efficacement. Aux États-Unis, des structures au sein de la CIA existent, mais le climat semble favoriser des décisions impulsives. Des enquêtes révèlent que le président américain est parfois écarté de réunions pour son impatience jugée contre-productive. Des décisions, comme celle d’attaquer l’Iran sur des conseils externes, illustrent une prospective négligée.

Cette situation donne lieu à une rentabilité du désordre, où les paris ne portent plus sur un avenir constructif, mais sur le désordre même. Polymarket en est une illustration, révélant un système où les pertes sont collectives et les gains privés.

En France, le patronat semble avoir évolué vers de nouvelles stratégies face à une extrême droite grandissante. Des dirigeants comme Pascal Demurger de la Maif refusent de céder, tandis que d’autres choisissent le dialogue pour préserver leurs intérêts.

Ainsi, la politique ne doit pas être réduite à un jeu de hasard. La nécessité d’anticiper, plutôt que de parier, devient cruciale pour ne pas subir l’incertitude ambiante.

Source : La Croix

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