
Fuites, pollutions, prix… En Outre-mer, une « discrimination environnementale » dans l’accès à l’eau
Un rapport publié le 23 juin par l’association Notre affaire à tous, en collaboration avec dix organisations ultramarines, révèle un manque criant d’accès à l’eau potable dans les territoires d’Outre-mer. Près de trois millions de personnes en France rencontrent de graves difficultés pour accéder à ce service public essentiel.
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Les auteurs du rapport ont examiné la situation dans plusieurs territoires ultramarins : Mayotte, Martinique, Guadeloupe, la Réunion et Guyane. Ces régions subissent depuis plusieurs années une crise de l’eau, et les signataires soulignent que, bien que chaque territoire ait ses spécificités, ils partagent des obstacles communs.
En Guadeloupe, 60 % de l’eau s’échappent dans des fuites
En Guadeloupe, un rapport du Conseil économique social et environnemental (Cese) de 2022 indique qu’un quart de la population n’a pas accès à l’eau tous les jours. Malgré une abondance de ressources en eau, estimées à environ 7 000 m³ par habitant et par an, 60 % de l’eau produite se perd dans des fuites au sein d’un réseau de canalisations vieillissant. Ce phénomène touche également d’autres territoires d’Outre-mer, avec des pertes d’eau atteignant 50 % en Martinique et 60 % à la Réunion, tandis que la métropole ne connaît que 20 % de pertes.
Des infrastructures sous-dimensionnées
Les infrastructures sont souvent insuffisantes, notamment à Mayotte, où 92 % de l’eau dépend des eaux de pluie. En période de sécheresse, l’île fait face à un stress hydrique aigu, comme en 2023, lors d’une crise sans précédent. Malgré des efforts pour améliorer la situation, comme la construction d’une station de dessalement, les capacités restent inférieures aux besoins croissants de la population.
Généralisation des tours d’eau
Le rapport met aussi en lumière la généralisation des « tours d’eau », un système d’accès intermittent à l’eau potable qui est devenu courant dans plusieurs territoires, y compris Mayotte, Guadeloupe et Martinique. Environ 15 % de la population guyanaise et 30 % de la population mahoraise ne sont pas raccordés à un réseau d’eau potable.
Contaminations au mercure ou à la chlordécone
Outre les problèmes d’accès, des risques de pollution persistent. En Guadeloupe et Martinique, des contaminations à la chlordécone, un pesticide ancien, continuent d’affecter la qualité de l’eau. En Guyane, l’eau est régulièrement contaminée par le mercure, en grande partie à cause de l’exploitation aurifère.
« Les Français les plus pauvres paient l’eau la plus chère »
Le rapport souligne également que certains territoires d’Outre-mer paient l’eau parmi les plus chères de France, alors que les revenus y sont souvent inférieurs à ceux de l’Hexagone. Par exemple, en 2023, le coût de l’eau en Guadeloupe était de 6,52 euros le m³, contre 4,19 euros en métropole. Les ménages précaires y consacrent une part de leur revenu allant jusqu’à 25 % à Mayotte.
Face à ce constat alarmant, l’association Notre affaire à tous dénonce une « discrimination environnementale » qui remet en question l’égalité nationale. Les auteurs appellent à des investissements significatifs pour améliorer les infrastructures et à une reconnaissance par l’État français de sa responsabilité dans ces injustices.
Pour faire avancer la situation, ils prévoient de soumettre leurs conclusions au rapporteur spécial de l’ONU sur l’eau potable, espérant ainsi susciter une pression internationale sur l’État français avant un nouveau Plan eau pour les Outre-mer prévu en 2026.
Source : Notre affaire à tous




