Les signes d’un ordre qui s’effrite
Spécialiste de la Première Guerre mondiale et des traités de 1919, Margaret MacMillan développe une idée centrale : les sociétés peuvent ne pas mesurer l’ampleur d’un changement tant qu’elles vivent dans une relative stabilité. Pour illustrer ce risque, elle s’appuie sur La Peste d’Albert Camus, où les habitants d’Oran tardent à prendre au sérieux les premiers signes de l’épidémie.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!Dans son analyse, les « signes » sont nombreux : records de chaleur, sécheresses et incendies, endettement élevé des économies développées, recul des aides humanitaires et progression des populismes. Elle estime aussi que la diplomatie internationale peine à répondre aux crises et que certaines technologies se développent sans cadre suffisamment régulé.
Le constat s’étend aux conflits armés. La source rapporte que 65 conflits impliquant des États ont été recensés en 2025, un niveau record depuis le début des relevés en 1946. Ce chiffre correspond aux données publiées par le Programme de données sur les conflits d’Uppsala, à l’Université d’Uppsala. ([uu.se](https://www.uu.se/en/press/press-releases/2026/2026-06-09-ucdp-record-number-of-conflicts-between-states?trk=article-ssr-frontend-pulse_little-text-block&utm_source=openai))
Des conflits et des rivalités qui mettent les règles à l’épreuve
MacMillan souligne la difficulté, pour les grandes puissances, de s’imposer dans des guerres asymétriques face à des adversaires recourant à des moyens moins coûteux et à de nouvelles technologies. Elle cite la guerre menée par la Russie en Ukraine et les tensions autour du détroit d’Ormuz, présenté comme un passage stratégique pour le commerce mondial.
L’historienne décrit également la Russie et la Chine comme des puissances révisionnistes : des États qui contestent l’ordre établi et cherchent à en modifier les règles ou la hiérarchie. Selon son analyse, les normes internationales sont de plus en plus mises à l’épreuve, tandis que l’Otan doit faire face à des tensions et que la question de Taïwan pourrait opposer Pékin et Washington.
Cette lecture marque une rupture avec l’espoir d’un ordre international largement garanti par les États-Unis après la guerre froide. Margaret MacMillan considère que cette période est désormais révolue, et que les sociétés pourraient sous-estimer la portée des changements en cours tant qu’elles s’accrochent à l’idée d’un système stable.
La coopération reste possible
Pour autant, l’affaiblissement d’un ordre mondial ne signifie pas nécessairement la disparition de toute coopération. Les institutions techniques, les traités, le droit international et l’opinion publique mondiale demeurent des leviers possibles, selon les éléments présentés dans l’analyse.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a lui aussi plaidé pour que les puissances moyennes bâtissent des coalitions. À Davos, en janvier 2026, il a décrit une rupture de l’ordre mondial et appelé des pays comme le Canada à agir avec d’autres États pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs. ([weforum.org](https://www.weforum.org/stories/2026/01/davos-2026-special-address-by-mark-carney-prime-minister-of-canada/?utm_source=openai))
La réflexion de Margaret MacMillan invite ainsi à distinguer deux évolutions : la remise en cause d’un système international et la capacité des États à continuer de coopérer. Pour l’historienne, cette coopération doit être repensée afin de répondre aux crises qui traversent le monde.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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