Une diaspora devenue incontournable
Près d’un million de Moldaves vivent à l’étranger, selon le reportage publié par Voxeurop le 17 septembre 2026. Leur départ s’inscrit dans plusieurs vagues d’émigration, d’abord motivées par la recherche d’un emploi, puis aussi par la déception face à la corruption et à la dégradation des services publics.
Après l’indépendance, dans les années 1990, des hommes sont partis travailler en Russie, notamment dans le bâtiment. À la suite de la crise financière russe de 1998, les départs se sont davantage orientés vers l’ouest, en particulier vers la Roumanie et l’Italie. L’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, en 2007, a facilité une nouvelle vague de mobilité. En 2014, la suppression des visas pour voyager dans l’UE et le scandale de la disparition d’un milliard de dollars du système bancaire ont contribué à d’autres départs.
La diaspora est aujourd’hui aussi un acteur politique. Selon le sociologue Vitalie Sprînceană, les Moldaves installés à l’étranger ont progressivement participé aux débats nationaux et aux élections. Leurs voix ont compté lors du référendum et de la présidentielle de 2024, puis des législatives de 2025, remportées par le Parti d’action et de solidarité (PAS), au pouvoir.
Des départs qui pèsent sur le pays
La population moldave, proche de 4,5 millions d’habitants en 1991, est passée sous la barre des trois millions, indique le reportage. Entre 2020 et 2025, le pays a perdu plus de 200 000 habitants, selon l’expert en migration Alexandr Makuhin. Le vieillissement et les départs alimentent des pénuries de personnel, notamment dans les secteurs de la santé et des services locaux. Vitalie Sprînceană évoque des villages où il devient difficile de réunir huit hommes adultes pour creuser une tombe, comme le veut la tradition locale.
Les raisons de partir ont évolué. Pour nombre de jeunes, l’émigration ne répond plus seulement au manque de revenus : les débouchés professionnels, la qualité des services publics et la confiance dans les institutions entrent également en jeu. Vlada Ciobanu, aujourd’hui engagée dans la société civile, raconte qu’elle avait considéré comme presque indispensable de poursuivre ses études à l’étranger après sa licence moldave.
Le pays suit par ailleurs une trajectoire européenne : les dirigeants de l’UE ont décidé en décembre 2023 d’ouvrir des négociations d’adhésion avec la Moldavie. Cette perspective nourrit l’idée d’un pays en transformation, où les compétences acquises à l’étranger pourraient être utiles dans l’administration, les entreprises ou la société civile.
Des retours possibles, mais difficiles à généraliser
Vlad Vedrașco a quitté la Moldavie pour les États-Unis en 2013. Il est rentré en 2018, lorsque ses parents ne pouvaient plus gérer le domaine viticole familial. Il exporte désormais du vin vers l’Union européenne et partage son expérience avec d’autres professionnels. À ses yeux, revenir ressemble à un pari : les premières années demandent beaucoup de travail avant de pouvoir espérer des revenus confortables.
Le gouvernement met en avant des avantages fiscaux et des subventions destinés notamment aux petits entrepreneurs. Mais les parcours de retour ne se limitent pas à la création d’entreprise. Stela Crudu, partie en Italie comme aide-soignante, est rentrée après avoir remboursé ses dettes et économisé. Elle gagne aujourd’hui moins qu’à l’étranger, mais préfère vivre dans son village, dans sa propre maison.
Ces choix personnels ne signifient pas que les conditions soient équivalentes. Une professeure de français, Alina, souligne les faibles rémunérations de l’enseignement public et estime que les pouvoirs publics devraient soutenir davantage les personnes revenues au pays. Vlada Ciobanu ajoute que l’emploi ne suffit pas : les transports, la protection sociale et l’accès au logement comptent aussi.
Pour Alexandr Makuhin, le soutien économique est plus susceptible d’encourager un retour que les seuls messages fondés sur la nostalgie. Vitalie Sprînceană, lui, doute qu’une majorité des émigrés revienne et s’interroge sur l’intérêt de consacrer des ressources publiques à convaincre ceux qui ont construit leur vie ailleurs. La Moldavie peut offrir des occasions de s’impliquer dans un pays en évolution, mais elle ne peut, à elle seule, défaire les attaches familiales et professionnelles nouées à l’étranger.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur du reportage original : Petra Dvořáková



