
On n’a plus de temps à perdre : les salariés d’Eurolysine réclament une riposte européenne rapide face aux importations chinoises
Face à l’effondrement des prix de la lysine importée de Chine, la Commission européenne a ouvert une enquête « anti-absorption » sur ces importations, suite à une plainte déposée par Eurolysine en mars 2026. Cette décision a été accueillie avec soulagement par Eurolysine, le dernier producteur de lysine en Europe, dont les employés craignent une fermeture imminente s’il n’y a pas de mesures rapides.
La Commission européenne a annoncé le 30 avril l’ouverture de cette enquête, qui vise à examiner les pratiques commerciales des exportateurs chinois. Eurolysine, dont l’unique usine est située à Amiens, alerte depuis plusieurs mois sur la chute des prix de la lysine, qui a diminué d’environ 30 % depuis janvier 2026. Selon l’entreprise, les droits antidumping mis en place au début de l’année 2025 n’ont pas suffi à contrer cette baisse des prix, car les exportateurs chinois ont ajusté leurs politiques tarifaires.
Dans un communiqué, Eurolysine a déclaré que cette enquête représente un « signal important » et pourrait permettre un relèvement des droits antidumping pour « restaurer des conditions de concurrence équilibrées ». Eddy Feijen, président d’Eurolysine, a affirmé que l’entreprise est prête à répondre à la demande de ses clients grâce à une production locale et responsable.
Sur le terrain, les salariés sont inquiets. Samir Benyahya, délégué général CFDT, a estimé que l’usine perd entre 3 et 4 millions d’euros chaque mois à cause de cette concurrence jugée déloyale. Il appelle l’Union européenne à accélérer la procédure d’enquête, qui devrait durer neuf mois, en soulignant qu’il ne s’agit « pas d’un dossier comme les autres » et qu’il « n’y a plus de temps à perdre ».
Les représentants du personnel soulignent que l’enjeu dépasse le seul avenir de l’usine. Ils évoquent la question de la souveraineté alimentaire européenne, rappelant qu’Eurolysine est la seule usine de production de lysine sur le continent. Cet acide aminé, utilisé dans l’alimentation animale, est considéré comme stratégique pour la filière agricole.
Les salariés se souviennent des difficultés d’approvisionnement durant la crise du Covid-19, lorsque les importations en provenance de Chine avaient fortement ralenti. Ils espèrent un retour des droits de douane sur ces produits à 85 %, comme ceux temporairement instaurés en janvier 2025, alors que les droits antidumping actuels sont de 50 %.
Source : France 3 Régions



