En Suisse, le temps partiel masculin a doublé depuis 2000 malgré les freins culturels
En Suisse, le temps partiel gagne du terrain chez les hommes, mais reste loin d’être la norme. Leur part a plus que doublé depuis 2000, selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Zurich et de l’Université de l’Indiana. Les habitudes professionnelles et les normes sociales continuent toutefois de freiner les passages à un taux d’activité réduit.
Une progression qui reste inégale
La proportion d’hommes actifs travaillant à temps partiel est passée d’environ 10% à plus de 20% depuis 2000. À l’échelle de l’OCDE, la hausse a été plus modeste : la moyenne est passée de 8% à moins de 13% sur la même période, selon les chiffres rapportés par le Fonds national suisse (FNS).
En 2025, 18% des hommes actifs en Suisse travaillaient à temps partiel, contre 60% des femmes, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Au total, le travail à temps partiel concernait 40% de la population active, plaçant la Suisse au deuxième rang des 38 pays de l’OCDE, derrière les Pays-Bas.
Les cultures professionnelles pèsent sur les choix
Pour étudier ce qui favorise ou entrave le temps partiel masculin, le sociologue Jan Müller, de l’Université de Zurich, et la sociologue Youngjoo Cha, de l’Université de l’Indiana, ont analysé des données couvrant la période 2004-2020. Leurs travaux portent sur les préférences des hommes employés à plein temps et sur leur passage éventuel au temps partiel. (suz.uzh.ch)
Les chercheurs relèvent que les hommes sont moins enclins à envisager ou à choisir volontairement un taux réduit dans les métiers où prédominent l’idéal du salarié entièrement dévoué à son travail et le rôle traditionnel de pourvoyeur de revenus. À l’inverse, les transitions sont plus fréquentes dans les professions où l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est davantage soutenu.
Le phénomène est notamment visible chez les médecins, où l’étude observe une progression des passages masculins au temps partiel. Le FNS souligne cependant que seule une minorité d’hommes franchit le pas, malgré la hausse générale constatée.
Un contexte suisse favorable, mais des limites à l’étude
Jan Müller estime que les conditions de travail en Suisse rendent la réduction du taux d’activité attrayante et parfois plus accessible financièrement qu’ailleurs. Une semaine à plein temps y représente près de 42 heures, au-dessus des moyennes de l’OCDE, tandis que les salaires élevés peuvent faciliter le choix d’un horaire réduit. Selon le chercheur, les contrats à plein temps sont aussi solides que ceux à temps partiel.
Le modèle suisse reste toutefois différent de celui des pays scandinaves, où l’organisation sociale permet davantage aux deux parents de travailler à temps partiel. En Suisse, les femmes ont longtemps été les principales concernées, même si les hommes commencent davantage à réduire leur temps de travail.
L’étude comporte des limites : elle se concentre sur des hommes qui occupaient initialement un emploi à plein temps et ne couvre que les années pour lesquelles les données étaient jugées suffisamment fiables. Elle ne décrit donc pas la situation des hommes en sous-emploi ou sans emploi.
Source : Suisse – Blick: Les actualités et analyses importantes, en Suisse et dans le monde (www.blick.ch)
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