En France, des sites industriels remis en projet
La France cherche à attirer de grandes installations informatiques. Selon les données de RTE rapportées en juillet 2026, l’État avait identifié 65 sites propices et retenu cinq sites pour une procédure accélérée. Plusieurs sont d’anciennes emprises industrielles, mises en avant notamment pour leur raccordement au réseau électrique.
À Montereau-Vallée-de-la-Seine, en Seine-et-Marne, un centre de données de grande capacité, évalué à quatre milliards d’euros, est prévu sur le site d’une ancienne centrale à charbon. À Étrechet, près de Châteauroux, Google prévoit huit à dix unités sur environ 195 hectares. Le projet était alors à l’étape précédant l’obtention du permis de construire.
Les procédures d’autorisation ont été raccourcies dans le cadre de réformes industrielles. La Quadrature du Net a dénoncé ces mesures comme un « déni de démocratie ». Le gouvernement a également envisagé d’étendre aux grands centres de données le statut de projet d’intérêt national majeur. Les autorisations peuvent toutefois être refusées lorsque les installations aggravent les pressions structurelles sur les ressources en eau.
À La Courneuve, des riverains ont contesté un projet d’Interxion, invoquant notamment le bruit, les risques liés au stockage de carburant, le manque de concertation et le faible nombre d’emplois locaux attendu. Le projet de Google à Étrechet suscite lui aussi des critiques sur la transparence et ses effets environnementaux. À la date du bilan publié par Voxeurop, l’opposition restait surtout locale, sans initiative nationale.
En Italie, friches convoitées et règles en construction
En Italie, les promoteurs présentent aussi les centres de données comme un moyen de réutiliser des sites industriels désaffectés. À Pregnana Milanese, en Lombardie, trois installations sont prévues sur d’anciens terrains de Citroën, Iveco et Olivetti, qui représentent ensemble 20 % de la surface bâtie de la commune.
Les communes accueillent souvent favorablement ces projets, notamment parce qu’elles perçoivent des redevances d’aménagement. Des promoteurs peuvent aussi financer des équipements publics en compensation des effets des installations.
L’Observatoire des Data Centers de l’École polytechnique de Milan recensait 25,4 milliards d’euros d’investissements prévus dans le secteur entre 2026 et 2028. Au moment du bilan, aucun cadre national ne régissait la construction de nouvelles installations : un projet de loi adopté par les députés était examiné par le Sénat. La Lombardie, où se concentre environ la moitié des centres de données italiens, avait adopté une loi régionale entrée en vigueur en mai 2026.
Dans cette région, des groupes citoyens s’opposent aux nouveaux projets, en particulier par crainte d’une consommation accrue des sols. Ces collectifs restent toutefois de taille modeste.
L’Irlande, point de tension autour du réseau électrique
L’Irlande concentre une opposition plus importante. Une étude publiée en 2024 dénombrait environ 89 centres de données en activité, onze en construction et plus de trente autres ayant obtenu un permis ou faisant l’objet d’un recours. Un rapport de la Commission européenne cité par Voxeurop estimait le nombre total de sites à 123.
À Dublin, un moratoire de fait sur les nouvelles installations, lié aux capacités du réseau, a pris fin en décembre 2025. La Commission de régulation des services publics a alors fixé une condition aux nouveaux raccordements : les centres devront couvrir au moins 80 % de leurs besoins annuels grâce à de nouveaux projets d’énergies renouvelables. La contestation se poursuit néanmoins devant les instances de recours et les tribunaux. Une motion de l’opposition visant à rétablir le moratoire a été rejetée par le gouvernement.
Dans ces trois pays, les projets avancent donc dans des cadres différents, mais rencontrent des préoccupations similaires : leur consommation d’énergie, leur emprise au sol et la place accordée aux habitants dans les décisions.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : Hannah Krause (Der Standard), traduit par Voxeurop




OFFRE SPÉCIALE · LIVRES ARTIA13