Depuis août 2022, au moins 200 artistes ont rejoint la fonction publique en République centrafricaine. Le gouvernement entend leur apporter une sécurité financière et faire d’eux des ambassadeurs culturels du pays. Mais cette mesure ne concerne qu’une partie du secteur et soulève des questions sur les droits d’auteur et l’indépendance des artistes.

Un statut public pour une partie des artistes

La démarche d’intégration se poursuit, selon les informations publiées le 23 octobre 2026. Pour des artistes qui peinent à vivre de leur métier, l’accès à un statut de fonctionnaire peut représenter une perspective de stabilité.
Le danseur Fils Charly Kolinzongo pourrait lui aussi bénéficier de cette mesure. Il pratique la danse Gbandji, héritée de la tradition du peuple Ngbandi, dont les communautés vivent de part et d’autre de la frontière entre la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.
En Centrafrique, les Ngbandi parlent notamment le yakoma, tandis que leurs voisins congolais utilisent le mogbandji. Les deux langues présentent des différences de prononciation et d’accent, mais Kolinzongo décrit une culture et des traditions communes. Sa pratique contribue ainsi à maintenir un lien culturel entre ces communautés.
Le danseur explique avoir découvert cette tradition en observant, au village, ses aînés se réunir pour danser, chanter et transmettre des messages. Malgré cet engagement patrimonial, il vit difficilement de son art. La précarité touche également, selon le reportage, des chanteurs et des comédiens.
Une réponse qui laisse des artistes de côté
Kolinzongo accueille favorablement l’intégration dans la fonction publique, estimant que les artistes qui promeuvent les rythmes du pays sont souvent mal rémunérés. Mais la mesure ne peut, à elle seule, améliorer la situation de l’ensemble des créateurs.
Gervais Lakosso, directeur du Centre de recherche et d’éducation par les arts à Bangui, considère cette décision comme un premier pas. Il souligne toutefois que les artistes non intégrés restent sans réponse à leurs difficultés, notamment en l’absence d’un organisme pleinement opérationnel chargé de collecter et de répartir les droits d’auteur.
Selon Lakosso, les instruments juridiques nécessaires à la création de cet organisme ont été promulgués, mais la structure n’est toujours pas en place. Sa mise en service constitue donc un enjeu central pour les créateurs qui ne bénéficient pas du statut public.
La question de l’autonomie artistique
Le débat porte aussi sur la liberté de parole. Des experts s’interrogent sur la situation d’artistes rémunérés par l’État et susceptibles de vouloir critiquer les décisions du gouvernement. Le reportage présente cette question comme un risque potentiel, et non comme une conséquence déjà constatée.
L’intégration dans la fonction publique peut offrir davantage de stabilité aux artistes concernés, mais elle ne règle pas les difficultés de tout le secteur. La protection des droits d’auteur et la rémunération des créateurs qui ne sont pas fonctionnaires restent également en suspens.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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