Eco-épidémiologie des tiques et leurs agents pathogènes en milieu insulaire méditerranéen : Anticiper l'émergence du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo

Eco-épidémiologie des tiques et agents pathogènes en Corse : Anticipation de l’émergence du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo

Les tiques, vecteurs majeurs de maladies, représentent le deuxième vecteur de maladies humaines et le premier en santé animale. Parmi les agents pathogènes qu’elles transmettent, le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (CCHFV) suscite des inquiétudes croissantes en Europe et en Méditerranée. Sa variabilité génétique, son taux de létalité élevé et l’expansion du vecteur principal, Hyalomma marginatum, accentuent cette menace.

En Corse, divers facteurs écologiques, géographiques et anthropiques favorisent la dispersion des tiques, facilitant ainsi la circulation des agents pathogènes. Les recherches menées dans le cadre d’une thèse ont pour but de mieux comprendre les relations entre les espèces de tiques et leur environnement, ainsi que d’actualiser les connaissances sur la distribution et la prévalence du CCHFV.

Les objectifs principaux de cette étude incluent la description de la diversité et de la répartition des espèces de tiques en Corse, l’analyse des associations entre facteurs environnementaux et présence des espèces, ainsi que l’étude de la diversité génétique des populations de H. marginatum. Une mise à jour des données sur la circulation du CCHFV et l’identification d’autres agents pathogènes sur l’île ont également été réalisées.

Les résultats ont permis d’établir une base de données riche en variables écologiques. Des collectes effectuées dans divers milieux ont révélé des associations significatives entre les espèces de tiques et les écosystèmes, avec des variations saisonnières notables. L’analyse génétique de H. marginatum a montré une forte variabilité haplotypique et une structuration modérée entre les populations corses, suggérant une récente expansion démographique liée à la mobilité des hôtes domestiques, comme les bovins.

Concernant le CCHFV, une intensification de la circulation du virus a été observée, notamment dans les communes du centre-ouest et du sud-ouest de l’île. La majorité des séquences obtenues appartiennent au génotype III, déjà répertorié en Afrique et en Europe de l’Ouest, avec des indices de co-circulation du génotype I, indiquant des introductions multiples du virus en Corse. La détection du virus durant les saisons estivales et hivernales soulève des interrogations sur le rôle potentiel d’autres espèces dans sa transmission.

En 2023, près de 50 % des tiques collectées étaient porteuses d’au moins un agent pathogène, incluant diverses bactéries et parasites, confirmant l’existence de cycles sylvatiques et domestiques actifs. De plus, une étude récente au Cameroun a révélé une exposition humaine au CCHFV, soulignant l’importance d’approches multidisciplinaires dans la compréhension de l’épidémiologie du virus.

Ces résultats mettent en lumière la nécessité d’études combinant écologie et épidémiologie pour appréhender le cycle épidémiologique du CCHFV en Corse. Ils soulignent également l’importance de renforcer les dispositifs de surveillance dans une approche intégrée « One Health », prenant en compte les interactions entre les communautés humaines, animales et environnementales.

Source : Étude de thèse sur l’éco-épidémiologie des tiques et CCHFV en Corse.

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