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Des familles qui attendent, un ministre qui bloque : le logement intermédiaire en otage
Le 20 mars 2026, le conseil d’administration de l’Office Polynésien de l’Habitat (OPH) a refusé de signer le financement de six opérations de logements intermédiaires portées par la société Arana, une filiale de l’OPH. Ce blocage entraîne le gel de 81 logements, laissant de nombreuses familles dans l’attente et générant une facture potentielle de plusieurs dizaines de millions de francs pour le Pays.
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Des dossiers pourtant bouclés
Les opérations concernées, nommées Canopy Hills, Taapuna Iti, Punatea, Faratea, Raï Pic Rouge et Niuhiti Promotion, représentent une livraison de logements prévue entre 2026 et 2028. Le mécanisme de financement était conçu pour être simple : Arana devait emprunter 1,4 milliard de francs auprès de la Banque des Territoires, avec une garantie de prêt à 100 % de la part du Pays en cas de défaillance, sans sortie de liquidités immédiate. Les compromis de vente avaient déjà été signés chez notaire.
Le 12 mai, la représentante Tapura, Cathy Puchon, a interpellé le gouvernement sur ce blocage. Trois jours plus tard, Edouard Fritch, président du groupe Tapura, a exprimé son inquiétude, affirmant que les dossiers étaient bien montés et que le gouvernement avait soudainement reculé.
600 000 cfp le m² : un chiffre contesté
Le ministre du Logement, Oraihoomana Teururai, justifie ce blocage en affirmant que les coûts de revient proposés par Arana s’élèvent à environ 600 000 francs le m², soit près de 50 % au-dessus de la moyenne pour des logements de type F3 et F4. Il s’interroge sur la qualification de ces logements comme abordables.
Edouard Fritch conteste ce chiffre, affirmant que les coûts réels se situent plutôt entre 350 000 et 400 000 francs le m². Des documents consultés par Polynésie la 1ère indiquent un prix de revient de 433 000 francs le m² pour l’opération Raï Pic Rouge.
135 000 cfp par mois : cher ou pas ?
Un appartement de 105 m² à Tipaerui, à Papeete, est proposé à un loyer de 135 000 cfp par mois avec option d’acquisition. Cette question a suscité des réactions variées parmi les habitants de Tahiti. Mario, 40 ans et en attente d’un logement intermédiaire depuis 15 ans, trouve le prix raisonnable par rapport à d’autres offres. Temé, 27 ans, agent de l’administration, considère également le loyer abordable.
Pour être éligible à un logement intermédiaire, la réglementation exige un revenu trois fois supérieur au montant du loyer, soit 405 000 francs par mois pour un loyer de 135 000 francs.
Facture salée pour le Pays
Arana a déjà réalisé une première opération de 500 millions de cfp, ayant permis la livraison de 23 logements dans le cadre de l’opération Mahanaroa. La deuxième tranche de 1,4 milliard de francs, actuellement bloquée, compromet l’objectif du Pays de produire 300 logements intermédiaires par an.
Le Pays a plafonné à 2 milliards de cfp la garantie maximale qu’il peut accorder à un opérateur de logement social privé comme Arana, ce qui ne permet de financer qu’environ 100 logements. En refusant de signer, le Pays s’expose à des pénalités contractuelles de plusieurs dizaines de millions de francs, ainsi qu’à des contentieux judiciaires.
Le ministre du Logement, Oraihoomana Teururai, n’a pas répondu à la demande d’interview formulée le 12 mai.
Source : Polynésie la 1ère



