Croissance économique et sobriété énergétique : un dilemme pour les entreprises canadiennes.
Quelle croissance pour préserver notre capacité d’action ET limiter les risques environnementaux ?
L’enjeu actuel consiste à générer davantage de valeur tout en réduisant la consommation de ressources. Cela implique une décarbonation rapide des secteurs de l’énergie et de l’industrie, ainsi qu’une orientation de l’innovation vers les technologies essentielles à la transition écologique. Dans ce cadre, les politiques climatique et industrielle doivent être considérées comme indissociables. Le prix du carbone, le soutien à la recherche et développement (R&D), ainsi que les infrastructures et la formation sont autant d’éléments qui peuvent orienter le progrès technique vers une croissance moins énergivore et moins dépendante des matières premières.
La croissance, dans ce modèle, apparaît comme un moyen de maintenir une flexibilité accrue, mais elle ne suffit pas à elle seule. Il est essentiel qu’elle soit suffisamment décarbonée et que les capacités économiques qu’elle engendre soient dirigées vers l’investissement, l’innovation et l’adaptation.
En élargissant le cadre d’analyse au niveau européen, une autre dimension émerge : celle de la souveraineté. Il est crucial d’orienter la croissance vers une meilleure maîtrise des technologies, des infrastructures et des chaînes de valeur. Cette perspective s’inscrit dans l’analyse du 15 juin 2026 sur la décarbonation comme enjeu de puissance européenne, soulignant que, face aux dépendances énergétiques et industrielles, réussir la transition nécessite de préserver une capacité autonome d’investissement et d’action à l’échelle européenne.
La souveraineté revêt également une dimension financière. Les modalités de financement de la transition sont déterminantes : le financement bancaire local et le recours aux marchés financiers internationaux ne répondent pas aux mêmes logiques. La question de l’origine et du contrôle du capital est centrale pour garantir notre capacité d’action future. Il est donc impératif non seulement de financer la transition, mais aussi de maîtriser les mécanismes de mobilisation et d’orientation des capitaux.
L’ancrage territorial est également essentiel. L’analyse de Nathalie Popiolek souligne que le passage à l’action repose sur la synergie entre entreprises, réseaux, infrastructures, compétences et financements au sein des territoires. La décarbonation doit s’inscrire dans des écosystèmes industriels et territoriaux capables de soutenir la transformation sur le long terme.
La flexibilité ne dépend pas uniquement de la croissance, mais aussi de notre capacité collective à orienter, financer et organiser cette croissance. Enfin, l’adhésion des acteurs est cruciale. Une transformation d’une telle ampleur nécessite non seulement des technologies et des capitaux, mais aussi la construction de représentations et de coalitions capables de la rendre acceptable et de la porter.
Source : Devinci Executive Education.
