
Crèches, écoles… les bâtiments publics au défi d’un nettoyage moins polluant
Table des matières
Les biocides utilisés dans les produits de nettoyage, notamment pour la désinfection des bâtiments publics, contribuent à la pollution de l’eau. Bien que des alternatives existent, leur adoption reste complexe en raison de la méconnaissance des risques au sein de la filière et des structures de travail actuelles.
Chaque jour, des produits contenant des biocides sont utilisés pour l’entretien domestique, l’hygiène personnelle et la lutte contre les nuisibles. Leur utilisation s’est étendue à de nombreuses activités urbaines, y compris la construction et le nettoyage des espaces verts. Ces produits sont également employés pour protéger les revêtements de façade contre les mousses et moisissures, ainsi que pour l’entretien des bâtiments, incluant les sols et sanitaires.
Cependant, l’utilisation de ces substances entraîne une dégradation de la qualité des eaux, les stations d’épuration ne retenant que partiellement les molécules polluantes. Cette situation appelle à repenser les pratiques et à envisager une réduction à la source des biocides. Pourtant, renoncer à ces produits s’avère difficile, car il s’agit d’un enjeu environnemental mal compris par la population et qui exige des changements de pratiques souvent entravés par des inerties organisationnelles.
La problématique du retrait des biocides, en particulier pour la désinfection, est particulièrement délicate dans les secteurs de la petite enfance et de la maintenance des bâtiments municipaux.
Les pratiques en place pour nettoyer les bâtiments publics
Une enquête sociologique menée dans l’eurométropole de Strasbourg a permis de recueillir des témoignages d’une trentaine d’acteurs du secteur du nettoyage, incluant le personnel d’entretien, les responsables techniques et les fournisseurs. L’étude met en lumière la nécessité de réduire l’utilisation des biocides à la source, en se basant sur le concept de « redirection écologique », qui prône l’abandon de certains produits nocifs.
Les résultats de l’enquête montrent que les professionnels du nettoyage peuvent innover en utilisant moins de produits chimiques, par exemple en optant pour des méthodes telles que la désinfection à la vapeur ou en privilégiant des composés naturels comme l’acide lactique.
Des micropolluants omniprésents
Les biocides, qui visent à neutraliser les « vivants indésirables », sont classés comme des micropolluants en raison de leur faible concentration dans les systèmes aquatiques urbains. Leur impact sur l’environnement et la santé humaine est préoccupant. Les ammoniums quaternaires, couramment utilisés pour désinfecter diverses surfaces, présentent une persistance dans l’environnement qui soulève des inquiétudes. Bien qu’il existe d’autres méthodes de désinfection, l’usage des ammoniums quaternaires demeure dominant, en partie en raison de leur reconnaissance dans le milieu médical.
Un risque invisibilisé par l’effet de filière
Un « effet de filière » est observé, où la confiance est déléguée à des acteurs spécialisés, ce qui entraîne une distance entre les utilisateurs finaux et la composition des produits. Cette situation résulte en une méconnaissance des impacts environnementaux, rendant difficile la prise de conscience des agents d’entretien qui manipulent ces produits au quotidien.
Les services techniques, notamment municipaux, ne considèrent pas la composition des produits comme un critère de choix, se fiant aux recommandations des fournisseurs. Cela conduit à une perte de mémoire sur les impacts chimiques des produits d’entretien.
Des alternatives à s’approprier
Il est possible de désinfecter sans recourir à des biocides nocifs. Des alternatives comme l’acide lactique et la vapeur sont déjà utilisées par certains professionnels. Toutefois, ces méthodes peinent à gagner la confiance, car l’innovation technique est souvent perçue comme la solution légitime. L’efficacité de ces alternatives dépend de plusieurs facteurs, tels que le temps d’application et l’action mécanique.
Le renoncement aux biocides pour l’hygiène implique de mieux comprendre les acteurs concernés, leur niveau de conscience des impacts environnementaux et les obstacles à l’adoption d’alternatives. Dans un contexte de crise écologique, la recherche de solutions pour améliorer la qualité des eaux urbaines est essentielle.
Source : Étude sociologique sur l’usage des biocides dans le nettoyage des bâtiments publics, eurométropole de Strasbourg.




