Coopération internationale, les femmes doivent accéder au pouvoir

Il n’y aura pas d’égalité femmes-hommes dans la coopération internationale sans accès réel des femmes au pouvoir

À Hai Duong, au Vietnam, des milliers d’ouvrières du textile vivent dans des logements précaires en périphérie des zones industrielles. Leurs journées sont longues, leurs contrats fragiles et leurs droits mal connus. Longtemps, les décisions concernant leurs conditions de travail, d’habitat ou d’accès aux services ont été prises sans elles.

Certaines de ces ouvrières ont réussi à se structurer en réseaux, acquérant des connaissances en droit du travail et engageant un dialogue collectif avec les autorités locales et les employeurs. Elles ne sont plus seulement bénéficiaires d’actions d’amélioration de leurs conditions de vie, mais des interlocutrices capables d’influencer les décisions qui affectent leur quotidien.

Cette expérience met en lumière un défi persistant dans les politiques d’égalité : l’accès réel des femmes au pouvoir de décision. Chaque année, le 8 mars, des déclarations en faveur de l’accès des femmes à l’éducation, à l’emploi et aux services de base sont émises. Ces avancées sont essentielles, mais elles ne suffisent pas. La question du pouvoir réel reste centrale.

Dans les politiques de développement, l’émancipation est souvent envisagée à l’échelle individuelle — accès à un revenu, à une formation, à un crédit, à un service. Bien que ces dimensions soient cruciales, elles ne modifient pas les règles du jeu. Les dispositifs de gouvernance, qu’ils soient politiques, économiques ou numériques, ne sont pas neutres et sont façonnés par des normes historiquement masculines qui reproduisent les inégalités. Même lorsque les femmes sont impliquées dans des dispositifs participatifs, leur présence est souvent consultative ou périphérique, les rendant écoutées mais rarement décisionnaires.

Des obstacles structurels persistent, limitant l’accès des femmes aux espaces de gouvernance. La charge disproportionnée des responsabilités domestiques, le manque de temps, les contraintes de mobilité et les violences, y compris en ligne, entravent leur engagement dans la vie publique et économique. Ce n’est pas un déficit de compétences qui freine leur accès, mais la manière dont le pouvoir est organisé et distribué.

Pour le Gret, qui intervient depuis 50 ans à l’interface de l’économie locale et des politiques publiques, il est clair que l’égalité ne peut progresser que lorsque les femmes sont en mesure de participer pleinement à la définition des règles qui structurent leur vie.

Au Brésil, des femmes défendant l’agroécologie ne se contentent pas de promouvoir des pratiques agricoles durables ; elles revendiquent une place dans la gouvernance des terres et des ressources. Au Congo, le renforcement des organisations de la société civile en matière d’égalité entre les sexes est un levier central pour la gouvernance démocratique, ces organisations influençant les décisions publiques.

L’accès des femmes aux compétences digitales est également crucial pour leur participation aux décisions économiques et leur capacité à structurer des dynamiques collectives. L’indépendance économique est significative lorsqu’elle est accompagnée d’un accès aux espaces décisionnels.

Inclure les femmes dans des instances existantes ne suffit pas. Il est nécessaire de transformer les mécanismes de décision, de créer des espaces de délibération accessibles et de renforcer les capacités d’influence et de négociation. En d’autres termes, il s’agit de redistribuer le pouvoir.

Le 8 mars doit être l’occasion de se poser des questions cruciales : qui décide ? Au nom de qui ? Avec qui ? L’égalité réelle commence lorsque les femmes ne sont plus seulement bénéficiaires des politiques de développement, mais lorsqu’elles co-construisent les décisions qui façonnent leur avenir et celui de leurs territoires.

Source : Humanité

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