
Carbon abandonne son projet de gigafactory à Fos-sur-Mer
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Coup dur pour la réindustrialisation de la France, et plus particulièrement pour Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Quatre ans après son lancement, la start-up lyonnaise Carbon a annoncé l’abandon de son projet de construire l’une des plus grandes usines de panneaux photovoltaïques d’Europe. Dans un message publié sur LinkedIn, l’entreprise a invoqué l’absence d’un véritable marché européen protégé pour justifier une décision qualifiée de « difficile », devenue selon elle « inévitable ».
Un investissement d’1,5 milliard d’euros aux oubliettes
Le projet représentait un symbole fort de la réindustrialisation verte française et était attendu par toute une filière. Lancée en 2022 à Lyon, Carbon visait à établir à Fos-sur-Mer une gigafactory capable de produire dix millions de panneaux solaires par an. L’investissement initial dépassait 1,5 milliard d’euros, avec des prévisions d’embauche pour près de 3 000 salariés d’ici 2028-2030 sur 45 hectares de la zone industrialo-portuaire.
Il y a un an, le 1er avril 2025, Carbon avait célébré l’obtention du permis de construire et des autorisations environnementales nécessaires à son implantation, se présentant comme le premier projet de gigafactory en France et en Europe à avoir obtenu toutes les autorisations administratives pour la fabrication de panneaux photovoltaïques intégrés.
La start-up avait également lancé une levée de fonds citoyenne via Enerfip, avec un objectif symbolique de récolter un million d’euros auprès du grand public. Cependant, cette opération apparaissait modeste face aux besoins financiers, Carbon devant réunir 1,5 milliard d’euros pour la première phase de son usine, dont la moitié sous forme de dette et un quart via des subventions publiques.
Un projet soutenu
Malgré le soutien affiché d’acteurs majeurs de la filière solaire française, tels que Technique Solaire, Tenergie, CVE ou Terre et Lac, la start-up n’a pas réussi à sécuriser les financements nécessaires à la poursuite du projet. Localement, le projet était très attendu, notamment par les acteurs mobilisés au sein du collectif Provence Fabrique des Possibles, qui voyaient dans cette gigafactory un symbole de reconquête industrielle pour le territoire.
Un projet plombé par l’absence de volonté européenne
Dans son message, Carbon a pointé du doigt les hésitations européennes, estimant que l’Union européenne n’a jamais créé les conditions propices à l’émergence d’une véritable industrie photovoltaïque continentale face à la concurrence asiatique, notamment chinoise. La société a critiqué les limites du Net Zero Industry Act (NZIA), adopté en 2024, qui vise à diversifier les chaînes d’approvisionnement sans instaurer de préférence européenne claire. Elle s’inquiète également de l’Industry Acceleration Act (IAA), présenté en mars 2026, qui élargit le périmètre du « Made in Europe » à des pays ayant des accords de libre-échange avec l’Union européenne, comme la Turquie, le Vietnam ou l’Inde.
Conclusion
Ces difficultés avaient déjà été évoquées par le fondateur de Carbon, Pierre-Emmanuel Martin, qui avait souligné que l’absence de visibilité sur un marché européen réellement protecteur rendait difficile la mobilisation des investisseurs pour un projet aussi capitalistique.
Source : Le Journal des Entreprises.




